Flores … Ah, Flores … quel endroit merveilleux pour atterrir après une longue traversée !   La marina de Lajes est certes petite, sans doute un peu trop pour le nombre de voiliers qui viennent y faire escale, mais ce côté « marina de poche » la rend tellement sympathique !

 

Un bar-restaurant surplombe la marina. Et quoi de mieux que de boire une bière tout en surveillant son bateau. On a ainsi l’impression de joindre l’utile (tu parles) à l’agréable (là, d’accord) … En outre, nous pouvons y regarder les 1ers matchs de l’Euro. Encore plus fort, tout à côté, une douarneniste fait des crêpes ! Cure absolument nécessaire avant le retour en Bretagne !

 

Les Alegria (Guillaume et Amélie), jeunes Brestois de retour comme moi d’une année de voyage et les Galopin (Sébastien et Audrey), presqu’aussi jeunes Lorientais, de retour eux de 2 ans d’un plus grand voyage, me prennent littéralement sous leur aile pour les apéros et les soirées à leur bord. Nous décidons de visiter Flores ensemble. C’est sympa après tous ces mois de découvertes en solitaire.

 

L’île n’est pas bien grande mais elle est merveilleusement belle. Falaises vertigineuses, lacs cachés au coeur des volcans, des cascades qui semblent tomber du ciel, et … des kilomètres d’hortensias bleus ! Flores est un piège dont on a du mal à se sortir tellement on s’y sent bien !

 

Par ailleurs, Guillaume m’a trouvé la panne, bénigne finalement, du pilote automatique. C’est réparé !

 

Après Galopin, puis Alegria, je quitte Flores à mon tour, le 30 juin, pour l’île de Faial et le mythique port d’Horta, sans doute le principal point de passage commun aux plaisanciers qui naviguent autour de l’Atlantique.

130 nautiques. Je pars donc l’après-midi de Lajes pour atteindre Horta le lendemain matin. Vent de travers, 15 noeuds, mer très calme, … que du bonheur !

 

A l’entrée du canal entre Faial et Pico, le vent fraîchit brusquement et la mer devient plus agressive. Pas grave, je suis arrivé. 1er juillet, c’est la Saint-Thierry … quel timing !

 

J’appelle la marina à la VHF, puis par téléphone, … pas de réponse. Du coup je tourne 3 ou 4 fois devant le quai d’accueil pensant que ma présence attirera l’attention. Non.

Je demande à un type que je vois sur son bateau, un Français, si je peux me mettre à couple, il dit de voir ça avec la marina et me tourne le dos …

Je me rapproche d’un autre voilier, allemand. Le propriétaire, pourtant pas très alerte, se précipite pour me prendre les amarres, et une personne d’un autre bateau accourt pour nous aider. Il y a du vent, c’est utile !

C’est la 1ère fois que je suis confronté à l’individualisme d’un autre navigateur. Les traditions maritimes tiennent pourtant le coup et induisent généralement des comportements courtois et des réflexes d’entraide. Bon, il y a des cons partout, et certains sont peut-être trop hermétiques à ces valeurs, mais heureusement, peu naviguent ! Dommage qu’ils soient parfois Français . Je n’ai pas voulu vérifier, dès fois qu’en plus l’indélicat soit breton …

 

Je reste une nuit à couple de mon accueillant Allemand, qui, lui, partira pour la Méditerranée, puis je déménage sur le quai principal ou sont regroupés la plupart des bateaux de voyage. Je me retrouve encore voisin d’un autre solitaire (décidément !) Hollandais en provenance d’Afrique du Sud en passant par Ste-Hélène. Sacrée navigation !

 

Axelle et Yaël arrivent le 5 juillet, théoriquement à Horta. Mais comme Faial est sous le brouillard, l’avion atterrit sur Pico. Autocar jusqu’au port de Madelena, puis ferry pour rejoindre Horta ! Si j’avais pu, j’aurais été les chercher à l’embarcadère à cheval !

Et c’est parti pour de longues vacances ensemble, enfin !

 

Notre 1ère escapade sera pour la pointe de Capelinhos, le 8, au lendemain d’une mémorable victoire contre les Allemands (les Portugais étaient franchement pour la France … allez savoir pourquoi ?)

 

C’est l’histoire d’un phare qui n’a pas eu de chance. Mis en activité en 1903, tout lui annonçait une belle et longue carrière de guide pour les marins. Mais un jour …

Le 27 septembre 1957, un chasseur de baleines signala des remous à 800 mètres de la côte. 2 ans plus tard, la surface de l’île avait augmenté de 2,5 km2, une montagne haute de 500 mètres avait poussé devant le phare, et près de la moitié de la population de Faial avait décidé d’émigrer !

Aujourd’hui, le paysage laissé par cette irruption est absolument grandiose, mais la population vit avec la forte probabilité de connaître d’autres séismes à tout moment.

 

Le 10, le Portugal gagne l’Euro de football, concert de klaxon jusque tard dans la nuit. Ils sont tellement surpris et heureux, que nous sommes presque contents aussi !

 

Le 11, nous embarquons sur un puissant Zodiac pour aller à la rencontre des cachalots, au sud de Pico. Coup de chance, nous apercevons également 2 baleines communes, puis des globicéphales, puis plein de dauphins. Quel spectacle ! (les photos ne sont pas à la hauteur)

 

Le temps n’est pas terrible et nous partons le 13, dans le brouillard, pour l’île de Saõ Jorge, à 20 milles seulement. Nous croisons la route d’une douzaine de tortues et apercevons encore quelques globicéphales.

 

La marina de Velas est à peine plus grande que celle de Flores. Jose, le responsable, est un véritable phénomène de gentillesse. Que ne ferait-il pas pour rendre agréable le séjour des plaisanciers ???

 

Les paysages de Saõ Jorge ressemblent assez à ceux de Flores, mais que cette île est longue !

55 km (pour 7 de large seulement !). J’ai vraiment perdu l’habitude de faire autant de km en voiture.

 

Une longue randonnée, tout en descente, nous amène du centre de l’île jusqu’à Fajã da Caldeira de Santo Cristo, puis Fajã dos Cubres. Nous partons dans le brouillard, encore, mais heureusement la côte est plus dégagée et rapidement nous profitons des magnifiques paysages.

Les Fajãs sont des terrasses naturelles, très basses et situées en bord de mer. Elles bénéficient d’un sol très fertile et d’un micro climat permettant des cultures très variées.

 

Le temps n’est finalement guère meilleur qu’il ne l’était à Horta et nous avons même une journée de pluie. « Notre » Jose est absolument navré et m’assure qu’il n’a jamais vu un mois de juillet aussi humide de sa vie. Pour un peu il se sentirait presque responsable du mauvais temps …

 

Le 16, nous assistons néanmoins à un laché de taureau. La bête est plus ou moins retenue au moyen d’une une corde par 4 ou 5 bonshommes dont le rôle semble surtout d’éviter qu’elle ne s’enfuie dans la nature. la principale qualité des courageux qui viennent au devant du taureau est principalement d’avoir un bon démarrage pour aller vite se mettre à l’abri …

 

Le 18, nous profitons d’un meilleur temps pour revenir sur Faial, toujours au moteur. Ah, anticyclone des Açores, quand tu nous tiens … !

 

A Faial, le temps s’améliore et nous pouvons nous lancer dans la découverte de la Caldeira, immense cratère de 2 km de diamètre et profond de 400. Un chemin de crête en fait le tour complet ce qui nous permet d’admirer tout autant les paysages intérieurs qu’extérieurs au volcan.

 

Nous avons retrouvé avec plaisir à Horta les Alegria et les Galopin, et fait la connaissance des The Love Boat, Sébastien et Sarah, Lorientais aussi. Les Bretons se regroupent sérieusement ! Du coup, nous partageons avec eux quelques barbecues. Joyeuse ambiance garantie !

 

Le 21, nous prenons le ferry pour passer la journée sur Pico.

Nous découvrons les anciens vignobles formés de minuscules parcelles entourées de murets en pierre de lave destinés à protéger la vigne du vent.

Nous visitons Gruta das Torres, l’une des plus grandes grottes laviques d’Europe (plus de 5 km de long).  Impressionnant.

Puis nous traversons une grande partie de l’île, en contournant l’incontournable Pico …

 

On ne peut pas parler d’Horta et ne pas évoquer le Bar Peter Sport, qui est depuis plus de 100 ans le rendez-vous des marins de passage à Horta. Aujourd’hui, c’est sans doute devenu plus un lieu touristique, sympathique au demeurant, qu’un véritable repère de loups de mer, mais nous avons sacrifié à la tradition comme il se doit en y buvant quelques bières. Ceci-dit, au passage, ce serait très prétentieux de se croire “loups de mer” !

Avec Guillaume, j’ai assisté à une scène assez improbable : un véritable cowboy passablement « ému » est arrivé avec 2 chevaux , monté sur l’un d’eux, et nous avons bien cru qu’il allait rentrer dans le bar avec eux ! La police est rapidement arrivée, et après une discussion qui nous a semblé bon enfant, le cavalier s’en est allé tranquillement, probablement vers un autre saloon …

 

Entre temps, les vacances d’Axelle sont arrivées à leur terme, déjà. Je me retrouve à nouveau solitaire, mais pour la dernière fois cette fois-ci. L’idée que ce formidable voyage touche à sa fin se fait de plus en plus présente.

Mais avant de partir Axelle a peint la “trace” éphémère du passage d’Edelwenn à Horta, sur une idée de départ de Yaël au milieu de centaines d’autres. Tradition oblige !

Alegria et Galopin s’y sont pliés également. J’ai raté la photo du dessin du Love Boat, désolé.

 

Les Galopin quittent Faial le 23, pour leur dernière étape jusqu’à Lorient. Les Love Boat partent pour Terceira, puis les Alegria pour Pico.

Je suis coincé à cause d’un problème d’alternateur que je préfère régler avant de m’en aller à mon tour.

 

Le 28 tout est opérationnel sur Edelwenn, et je pars vers 15h afin d’arriver le lendemain matin à Angra do Heroismo sur Terceira. Ce sera la dernière île de mon périple. La 45ème !!!

 

Angra do Heroismo est très belle ville, classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco. La marina dépare un peu dans le décor, mais quand y est, on bénéficie d’un panorama très agréable sur la partie historique de la ville.

 

Les Alegria sont arrivés avant moi à Terceira, mais sont à la marina de Praia, à 12 nautiques d’Angra. Nous décidons tout de même de faire voiture commune pour visiter l’île.

 

Le 31, nous parcourons l’île et visitons, sous un ciel très incertain, 3 sites volcaniques : Furnas do Enxofre, un champ de fumerolles, Grotte de Natal, un tunnel lavique comme celui de Pico, long de 600 mètres, et surtout Algar do Carvao, une impressionnante cheminée volcanique de 90 mètres de profondeur.

Le temps s’éclaircissant, nous grimpons, en voiture, jusqu’en haut du Serra de Santa Barbara, qui culmine à 1023 mètres. …

Après quelques échanges sur la météo, très variable entre les Açores et la Bretagne, je laisse Guillaume et Amélie à leurs préparatifs. Ils quittent Terceira le 3 août, avec pour objectif d’être à Brest le 14 août.

 

Ce coup-ci, je sens que l’heure du départ n’est pas loin de sonner pour moi également …

Avec les autres équipages, nous en avons souvent parlé de ce retour, balançant entre un début de nostalgie pour un mode de vie où le maître mot est “liberté”, et la hâte de retrouver famille et amis.

 

La France a beaucoup souffert pendant ces 11 mois passés au large … On se sent un peu coupable de ne pas avoir été là pour vivre en communauté ces terribles évènements (Bataclan, Nice, St-Etienne-du-Rouvrey, …). Comment aussi ne pas se sentir privilégié d’être à distance d’une telle violence abjecte ?

 

Voilà pour l’état d’esprit, avant de vivre cette dernière traversée. 10 jours théoriquement, donc pas la plus longue, mais peut-être la plus compliquée au niveau météo, entre les accélérations du vent au niveau du Cap Finistere au sud, les calmes qui s’annoncent sur la route directe, et les dépressions qui rôdent, assez loin tout de même, au nord. Trouver un chemin convenable ne va pas être simple.

 

Je prends donc un peu de marge en quittant Angra do Heroismo le mardi 9 juillet. Si tout va bien, rendez-vous à ceux qui pourront le 20 au Moulin Blanc !

 

À bientôt,

 

Thierry