31 mai, 10h30 heure locale, je quitte la baie de Marigot à Saint-Martin, pour l’île de Flores aux Açores.

Un peu plus de 2100 milles à faire. À peu près la même distance qu’entre Mindelo (Cap-Vert) et Le Marin (Martinique).
Au-delà du petit trac habituel avant chaque départ, je n’ai pas d’appréhension particulière. Edelwenn est apparemment en bon état, mon équipement me permet d’avoir la météo presqu’aussi souvent que je le souhaite, il n’y a donc pas de gros pépins à craindre.

 

Voici, à peine corrigé, mon journal de bord pour cette traversée.

 

31/05 :
Vent 20 nds. Au près. Mer courte, creusée.
Je tire un bord pour parer la pointe nord-est d’Anguilla.

 

1/06 :
124 milles en 21h30.
Vent 18-20 nds. Près bon-plein. Mer toujours creuse.
Léger mal de mer.

2/06 :
149 milles en 24h.
Mer plus arrondie. Le mal de mer s’estompe.

 

3/06 :
159 m.
Mer confortable. Vent 14-17 nds mollissant en fin de journée.

 

4/06 :
116 m.
Plus de vent en fin de nuit. Le moteur ne démarre pas.
Mer plate. Vent revenu à 7-8 nds. Vitesse 2 nds …
En fin de journée le moteur démarre, en alimentant le démarreur directement sur la batterie.
A 23h je l’arrête, pour pouvoir dormir.

 

5/06 :
101 m. 650 depuis St-Martin. 5,5 nds de moyenne.
5h au moteur puis le vent revient un peu.
Après 2 jours assez « frais », il fait chaud à nouveau.

 

6/06 :
Un grain ce matin. Le déluge pendant ¼ d’heure. Puis retour du soleil.
Je suis dans la cabine (tant mieux) quand une grosse vague vient frapper Edelwenn par le travers. Beaucoup d’eau partout. Le cockpit, lui, se vide immédiatement. Et … plus de pilote !
Je n’avais jamais pris le temps de bien tester mon régulateur d’allure, ça risque d’être le cas cette fois-ci !
Par rapport au pilote, le régulateur ne supporte pas autant de toile, ce qui m’oblige à ralentir un peu.
Le moral est bon malgré tout ! Tant que je ne suis pas obligé de barrer …

 

7/06 :
94 m.

Vent 6 à 8 noeuds. A la voile j’avance à 2,2 nds.

Je mets le moteur quelques heures, histoire d’avancer un peu, voiles affalées.
Pas trouvé le pourquoi de la panne du pilote.

5 cargos croisés. Au nord, ceux qui vont à l’ouest, au sud, ceux qui vont à l’est. Je dois être sur la bonne route !

 

 

8/06 :
Moins de 90 m.
Le vent revient ce matin, 15 nds.
GV 1 ris. Génois 50% en ciseau. Le régulateur se débrouille.
Empannage probable demain.
Le Duogen (hydro-générateur) a ramassé un paquet de bouts. 4 ou 5 kg.
Beaucoup de mal pour le dégager. Pas de dégâts.

 

9/06 :
126 m. C’est mieux !
Mer formée, ça bouge beaucoup à bord.
Je suis à la moitié du parcours. Encore 9 ou 10 jours sans doute.

 

10/06 : (écriture quasi-illisible tellement ça secoue)
121 m.
Nuit pénible. Grosse mer. Empannage non désiré. Peu dormi.
Ce matin, plus de vent. Revenu brutalement en fin de matinée.
Il pleut beaucoup. Tout est mouillé à l’intérieur.
Manille d’amure ouverte (Je l’avais pourtant vérifiée …) Remplacée.

 

11/06 :
111 m.
Bien dormi en début de nuit. Puis le vent a fraîchi jusqu’à 30 nds établis.
J’ai dû barrer un certain temps.
Le vent a faibli en fin de matinée. La mer est moins creuse, presque confortable.

 

12/06 :
86 m.
En début de nuit j’ai transvasé 2 x 20 litres de gazole dans le réservoir. Il ne me reste plus qu’1 jerrican de 20 litres que je garderai en secours.
Vers 23h, voiles affalées, je lance le moteur au ralenti, puis je dors … 6h ! Avec le bruit du moteur je n’entends pas mon réveil.
Sans vent, le régulateur fait n’importe quoi. J’arrête le moteur.
Grosse dérive vers le nord.
Je trouve le moyen d’assujettir le régulateur à un petit pilote automatique (à la place de l’aérien).
Ça fonctionne parfaitement.
Ça me console de ne pas avoir installé les fixations qui m’auraient permis d’utiliser le pilote de secours sur la barre …

 

13/06 :
73 m.
Bientôt plus de gazole (sauf la réserve de secours). Arrêt du moteur.
Voiles toujours affalées. Edelwenn dérive très lentement … vers le sud cette fois.
L’océan est incroyablement lisse. Juste une très faible et longue houle de fond.
En fin d’après-midi, le vent est de retour. 7 à 9 nds, mais mer presque toujours aussi lisse.
On avance à 3-4 nds.

 

14/06 :
Nuit très tranquille. Vent 9-10 nds. Mer toujours plate, ça glisse tout seul.
Ça fraîchit doucement jusqu’à 15 nds.
A 17h, ça retombe à 8-9 nds. On se traîne à 3 nds.
Des dauphins viennent nous voir, mais à cette vitesse ça ne les amuse pas longtemps …

 

15/06 :
117 m.
Nuit calme. Vent 7-8 nds.
Vers 9h, le vent « monte » à 15 nds. Je remets l’aérien du régulateur.

 

16/06 :
143 m. Les affaires reprennent !
En fin journée, Edelwenn court autour des 8 nds.

 

17/06 :
161 m.
Vent à 22 nds dans la nuit, puis 18 au matin.
Edelwenn avale les milles ! Le matériel doit souffrir …

 

18/06 :
174 m. Record d’Edelwenn.
Arrivée à 18h. Peu de places dans la marina.
Le 1er bateau que je vois est brestois ! Guillaume et Amélie m’aident à m’amarrer.

 

 

Avec le recul, je peux un peu développer cette arrivée :

 

Il fait beau. Malgré moi, dès le milieu de l’après-midi, je commence à souvent regarder devant … Je ne vois qu’un nuage, le seul sur tout l’horizon, et il me faut du temps pour réaliser que Flores est … dessous, ou plutôt, dedans !

 

J’ai la surprise de croiser un voilier faisant route à l’ouest. Surprenant à cet endroit.

 

Approche lugubre. Brouillard, froid, humidité, il fait sombre, plus de vent. Puis beaucoup de vent … dans l’autre sens. N’importe quoi.

 

Arrivée vers 18h, plus tôt qu’espéré ce matin.

 

Peu de place dans la marina, mais le mouillage n’a pas l’air confortable, je VEUX rentrer !

 

Le 1er voilier que je vois est immatriculé à … Bres’même ! Apparaît un jeune couple.

Salutations rapides, et, dans ma hâte d’en finir, je leur demande où je dois me mettre, comme s’ils étaient responsables de la marina !!! Je saurai plus tard qu’ils ne sont arrivés que depuis quelques heures …
Sans se formaliser, mais prudemment, Guillaume et Amélie m’aident à me mettre à couple … d’un autre voilier, hollandais.
Ils m’informent que dans 1 heure, il y a un pique-nique sur la plage.
Tant pis, je n’ai évidemment rien à griller à bord.
« On a 3 steacks, on en prend un pour toi ! »

 

Ça paraît rien comme ça, mais je ne pouvais imaginer meilleur accueil !

 

 

Quel bilan de ces 18 jours de mer ?

 

D’abord, que 18 jours, c’est bien compte tenu du peu (ou pas du tout) de vent que j’ai eu certains jours.

 

Ensuite, que je les ai bien mieux vécus que les 15 du voyage-aller, où il m’avait semblé que j’allais rester en mer une éternité. Je comptais vraiment les jours.

Cette fois-ci, bien que certaines journées aient été physiquement bien plus pénibles et que d’autres auraient pu me paraître interminables, la durée du voyage ne m’a pas posé de problème. Cela aurait pu facilement, je crois, durer 5 ou 10 jours de plus.

Comme pour d’autres traversées, même bien plus courtes, au cours des 4-5 dernières heures apparaît une impatience qu’on ne peut pas vraiment maîtriser et qui ne cesse de croître jusqu’à l’arrivée.

Sinon, je me sentais vraiment bien sur mon bateau. L’expérience, probablement.

 

Par contre, je me suis aperçu de ma fatigue dans les jours qui ont suivi.

 

Manque de sommeil ? Je m’astreins à me lever toutes les 2 heures systématiquement, jour et nuit. C’est finalement peut-être excessif.

 

Mauvaise alimentation ? Certainement. Je mange peu, c’est bon pour la ligne, mais pas pour l’énergie !

 

J’avais été surpris, sur la transat Cap-Vert – Martinique, par la présence importante d’algues (des sargasses) tout au long du parcours. Entre St-Martin et Flores, pas d’algues, mais beaucoup de méduses, des physalies (ou Galères Portugaises), dangereuses (même mortes !). Mais le plus désolant aura été le nombre d’objets flottants que j’ai vus, notamment plusieurs bouées (certaines assez grosses, probablement métalliques !). A cette lattitude, l’océan est sale. Désolant.

 

Finalement, mon régulateur d’allure (Windpilot) s’est révélé être un compagnon fidèle, silencieux, et efficace. Une vraie révélation pour moi !

 

J’ai maintenant devant moi 1 mois 1/2 pour visiter quelques îles des Açores, dont presque 3 semaines avec Bigorneau et Brinic.

 

Chic, le voyage continue !!!

 

À bientôt,

 

Thierry