Arrivé dans la soirée du 15 mai dans la Baie de Marigot, à St-Martin, j’ai un peu de temps pour ranger et organiser le bateau avant l’arrivée de Tristan-Gael et Liza.
Ils atterrissent le 19, et dès le 20, après avoir jeté un œil de près au Fort-Louis, dont la construction à commencé en 1789, nous larguons les amarres pour la Baie de Grand-Case, à 4 milles plus au nord. Une heure de nav seulement, histoire de reprendre contact avec l’élément marin pour mon jeune équipage, un peu assommé par la chaleur qui lui est tombé dessus dès la sortie de l’aéroport. Le contraste avec la Bretagne est assez brutal !
En faisant le trajet Bretagne – Madère – Canaries – Cap-Vert – Martinique, en plus de 4 mois, j’ai pu m’acclimater tranquillement, et, à quelques journées près, je n’ai pas vraiment souffert de la chaleur. Et même, j’y ai pris goût ! Mais prendre 15 à 20° en quelques heures, ce n’est pas la même histoire.

 

Grand-Case, c’est une bien jolie baie, et un village coquet. Un peu dans le style des Anses d’Arlet en Martinique.
Le lendemain, nous nous rendons sur Edelwenn jusqu’à la Roche Créole, à l’extrémité nord de la baie, pour un 1er « snorkeling ».
Alors que Tristan-Gael préfère rester tranquillement à bord, je vais prendre un verre avec Liza. Nous admirons un de ces magnifiques couchers de soleil dont les Antilles ont le secret, et sommes surpris de voir le fameux « rayon vert » ! C’est un phénomène optique (une histoire de réfraction atmosphérique …). Cela fait des mois que je le guette, ce rayon vert, sans succès, il était temps !!!
Le 22, nous quittons St-Martin pour l’île d’Anguilla, toute proche au nord-ouest. Mais puisque nous nous rendons sur la côte nord d’Anguilla, nous avons 15 nautiques à parcourir. Anguilla est un plateau peu élevé, tout en longueur (d’où son nom), bordé de falaises aux couleurs étonnantes.
Nous nous arrêterons à Road Bay, qui sera notre base pour visiter les environs.
Vent arrière tranquille, mais la houle joue des tours à Tristan-Gael, obligé de s’allonger pour endiguer le mal de mer. Liza est particulièrement à l’aise une fois trouvé un coin d’ombre relativement confortable, sous un panneau … solaire !
Pas beaucoup de monde à Road Bay, mais la hauteur des fonds nous oblige à rester relativement loin de la plage, qui est vraiment magnifique.

 

Historiquement, Anguilla était rattachée par l’administration britannique à la Fédération de St-Kitts et Nevis, qui pourtant ignorait ouvertement cette île trop éloignée.

Du coup, en 1967, les Anguillais chassent la police de St-Kitts, et déclarent unilatéralement leur indépendance suite à un référendum où seules 5 voix se sont exprimées contre l’indépendance.

Les Britanniques envoyèrent un négociateur … qui fût expulsé le jour-même ! Le gouvernement envoya alors, sans rire, les paras, la Royal Navy, la Royal Air Force, et la Police. Rien que ça !!! Anguilla comprenait 6700 habitants à l’époque …

La presse britannique n’apprécie pas, et titre sur la “Baie des cochonnets”, la “Guerre dans une tasse de thé” … Un député félicite le 1er Ministre d’avoir enfin trouvé un adversaire à sa hauteur …

Ce n’est pourtant qu’en 1980 qu’Anguilla obtint définitivement le statut de Territoire Autonome rattaché à la Couronne.

Anguilla compte aujourd’hui plus de 15 000 habitants.

 

 

 

En effectuant les formalités d’entrée, je m’aperçois que je n’ai pas assez de dollars US pour payer l’exorbitante taxe (la plus élevée de tout mon voyage je crois, la proximité de St-Martin expliquant peut-être cela). Je pensais pouvoir écluser mes derniers EC dollars, mais manifestement, le guide de navigation aux Antilles n’est pas à jour sur ce point.
Pas de distributeur dans le minuscule village de Sandy Ground, il faut que je me rende à The Valley, la capitale. Je préviens les enfants, et comme je n’ai pas envie de payer un taxi pour ça, je me mets en route à pied, pour 12 km aller-retour …
J’en ai à peine fait un, que la 1ère voiture qui passe s’arrête. Le conducteur, assez âgé, me propose gentiment de m’emmener ! Je pense que mon « glaouche » s’est bien amélioré pour les petites conversations courantes, mais là, je ne comprends rien, et je ne suis pas compris non plus ! Heureusement, Tristan-Gael et Liza qui sont eux très à l’aise dans la langue de Rodney et Nelson (et accessoirement Shakespeare) me confirmeront plus tard que l’accent local n’est pas évident.
Bon, au bout de 2 km à 30 à l’heure (il fallait bien ça), mon chauffeur comprend ce que je cherche et je comprends à mon tour qu’il va m’y emmener. Vraiment sympa, il me dépose devant un distributeur situé … au milieu de nulle-part. Pas de problème, comme de toute façon il n’y a quasiment qu’une route sur l’île, je ne risque pas de me perdre. Une fois devant « the Automatic Teller Machine », ATM de son petit nom, je vois sur l’écran : « Temporarily out of service ».
L’affaire se complique donc, d’autant que je me demande s’il y en a un autre sur l’île …
Une voiture s’approche. Un jeune homme en descend avec le même espoir que moi. « It doesn’t work », dis-je (c’est vous dire les progrès …). Non seulement il me comprend, mais il me propose de me conduire à un autre distributeur ! Super sympa, décidément. Dans l’auto, le monsieur, son épouse, et leur petit garçon, 4 ou 5 ans, avec qui j’engage une conversation sur le foot. Finalement, en anglais, je dois avoir ce niveau-là … 4 ou 5 ans. L’ATM suivant est de meilleure volonté, et j’ai mes dollars. « Where are you going now ? » me demande-t-il ? « Road Bay », répondis-je. Légère inquiétude, il ne voit pas de quoi je parle ! Je lui explique, bateau, mouillage, … Là il voit bien où c’est. Comme quoi entre les appellations utilisées par les marins, et celles des terriens, il peut y avoir un gap. Et … il m’annonce qu’il m’y ramène !
Je refuse, c’est trop. Ils insistent, sur le ton de « fais pas de chichis ». J’accepte. Encore une fois, la gentillesse des gens des îles m’impressionne. Ils sont heureux qu’on vienne les visiter et veulent que tout se passe au mieux. La classe. D’une manière générale, il m’a souvent semblé que le fait de voyager sur un voilier suscitait la sympathie.

 

Une fois donné à l’administration Anguillaise une bonne partie des dollars ainsi obtenus, je rejoins Tristan-Gael et Liza sur Edelwenn. Notre projet est d’aller en bateau jusqu’à Little Bay, conseillée pour le snorkeling. Nous attrapons une bouée (gratuite, Alléluia !) au pied d’une très belle falaise où nichent de nombreux pélicans.
Nous rendons visite aux poissons, très divers, le long de la falaise. Les fonds sont de toute beauté.

 

Le lendemain, nous nous rendons jusqu’à Sandy Island (encore une), îlot minuscule protégé par un récif de corail. Il y a pas mal de vent ce jour-là, mais la prise de bouée se passe bien, l’équipage s’est vite familiarisé à cette manoeuvre ! Rejoindre Sandy Island en annexe est déjà plus stressant. Il faut contourner la barrière, dans une mer assez agitée. Heureusement, nous découvrons que la passe est balisée par de petites bouées. Ça rassure toujours.
Nous nageons de la plage jusqu’au récif dans lequel nous chassons les poissons … du regard.
Nous tombons sur le gréement d’un voilier qui a dû, assez récemment, faire naufrage ici. Mât, bôme, étai sur enrouleur, … Vision terrible, qui rappelle que les tempêtes tropicales et les cyclones sont implacables pour les bateaux qui n’ont pu se mettre à l’abri.
De retour près de la plage, les (grands) enfants font un peu les fous dans l’eau. Bonheur.

 

Le 24, nous consacrons la journée à la visite terrestre d’Anguilla, en taxi, le meilleur moyen de faire le tour de l’île. A The Valley, seule l’ancienne église, à la façade particulière, mérite un court arrêt.
Notre guide nous amène ensuite voir la « plus belle plage des Antilles », très belle effectivement, mais comme pratiquement toutes celles d’Anguilla, bordée d’hôtels à l’architecture plus orientale qu’Antillaise ! Le tourisme étant probablement la seule activité qui puisse apporter un développement économique à ces pays, comment leur en vouloir ? Mais, quel dommage …
Notre chauffeur nous explique que l’aéroport n’est utilisé que par les jets privés des propriétaires des somptueuses villas qu’on aperçoit du large. Le transport de ces « résidents » représente semble-t-il une part importante de son activité.
Plus au nord, nous jetons un œil à un petit port de pêche. Notre guide nous raconte le jour où son fils, pêcheur, a attrapé un poisson énorme. Comme son bateau était trop petit pour le ramener, il a dû demander de l’aide à un autre bateau, doté d’un moteur plus puissant. Ce bateau a pu du coup rentrer au port plus vite malgré la charge. Lorsque que le fils est arrivé à son tour, tout le village avait déjà admiré la prise, en l’absence de celui qui aurait dû être le héros … Le « Jeune Homme et la Mer », en quelque sorte.
Et voilà. Une île qui possède des atoûts touristiques extraordinaires et bénéficie de la proximité de St-Martin. Malheureusement, tourisme et sauvegarde des paysages ne font pas toujours bon ménage.

 

Le 25, nous quittons la belle Anguilla pour revenir à St-Martin. Nous longeons la côte nord, au moteur, puis nous approchons du très étroit passage entre la pointe nord-est d’Anguilla, Snake Point, et Scrub Island. Snake Point est percée d’une immense grotte. Si c’est là le repère d’un serpent, bonjour la taille du bestiau !!!
Non seulement la passe est étroite, mais mon sondeur a toujours affiché bien moins que les fonds portés sur la carte. Discret « ouf » une fois passé …
Nous envoyons les voiles, puis piquons quasiment plein sud, vers l’île Tintamarre, inhabitée et située au nord-est de Saint-Martin.
Nous nous y arrêtons juste 2 ou 3 heures, histoire de profiter de la très belle plage où nous sommes seuls. Très beau snorkeling le long de long la pointe nord !
Puis nous reprenons tranquillement la mer, afin de passer la nuit dans la baie de Grand-Case que nous avions beaucoup appréciée.

 

Le 26, nous restons à Grand-Case. Les enfants «farnientent », et moi j’en profite pour rattraper un peu de mon retard sur le blog. Toujours les mêmes qui bossent, quoi !
En fin de journée, nous admirons le nuage qui est en train de s’oublier sur Antigua. Nous avons bien fait de déménager hier !

 

Le 27, c’est le retour à Marigot.
Avant leur départ, les enfants m’aident à préparer le bateau pour la transat, avec entre autre, une minutieuse inspection du gréement …

Nous faisons également le tour de l’île en voiture. Beaucoup de béton, surtout dans la partie hollandaise (le sud de l’île), où le kitch et la laideur rivalisent désespérément !

 

Le lendemain, les enfants s’envolent pour la Bretagne. Toujours un moment dur de se retrouver solitaire à nouveau … Mais je l’ai bien voulu, je sais !

 

La météo semble favorable pour un rapide départ, ce sera donc le 31.
Cette transat-retour est bien plus anxiogène pour les navigateurs que celle d’est en ouest, par les alizés.
Il faut à la fois monter assez « nord » pour ne pas ne pas être trop longtemps englué dans les calmes fréquents sur la route directe, tout en se méfiant d’éventuelles dépressions qui pourraient aussi se balader entre les Bermudes et les Açores.
Les candidats à la transat-retour (il y en a qui renoncent et laissent leur bateau aux Antilles, et parfois le vendent) savent que certains de nos devanciers se sont fait surprendre, parfois avec des conséquences dramatiques.
Le mot d’ordre est donc : Vigilance !
Le bateau est en bonne santé. Le marin aussi. Alors, go !

 

À bientôt,

 

Thierry