24 avril, navigation fort sympathique pour rallier Antigua depuis l’Anse de Deshaies en Guadeloupe. 40 nautiques au portant (mais pas trop), 14 à 18 nds de vent, du soleil …

 

Ma destination est English Harbour, c’est-à-dire l’ancien repère de Lord Nelson, le célèbre amiral anglais qui fit tant de misères aux autres Marines européennes, en payant sans aucun doute de sa personne (en Corse, où il perdit un oeil, aux Canaries, où il perdit un bras, à Trafalgar, où il perdit … la vie)

L’entrée de ce port est réputée peu visible … et je confirme ! Très étroite et fondue dans le paysage, il faut vraiment avoir le nez dessus pour la discerner !

 

Je me trouve difficilement une place dans Freeman Bay, mouillage à l’entrée d’English Harbour, un peu trop près des cailloux à mon goût, mais comme j’arrive en plein dans la semaine des régates annuelles d’Antigua, je me trouve déjà bien chanceux ! Je m’apercevrai une heure plus tard, au retour des régatiers, que certains ne se gênent pas pour jeter l’ancre à quelques mètres seulement d’autres bateaux, et encore moins pour quitter le bord et se rendre à terre sans plus de précautions, comptant sûrement sur les autres pour assurer la surveillance …

 

Freeman Bay est bordée par une très jolie plage de sable clair, qui donne une irrépressible envie de se baigner, puis de recommencer dès qu’on en sort ! Elle est dominée par le Fort Bekerley, qui assurait l’habituel comité d’accueil des ports des Caraïbes … à coups de boulets de canon !
A quelques encablures, absolument invisibles du large, se trouvent les docks et l’arsenal (les « Nelson’s Dockyard ») construits par les anglais entre 1725 et 1746. Ils furent abandonnés par la Royal Navy en 1889, mais, à partir de 1950, un ancien officier de marine donna l’impulsion qui permit leur rénovation et l’entretien du site.

 

Les superbes yachts qui participent à la semaine d’Antigua sont répartis entre Falmouth Harbour et English Harbour (qui ne sont séparés que par un isthme). Les dimensions de certains d’entre eux sont impressionnantes. Plus tard, je me rendrai compte que leur vitesse l’est tout autant ! Ces voiliers bénéficient d’un entretien permanent, et sont véritablement rutilants, de la ligne de flottaison à la tête de mât !

 

Le 26, je quitte provisoirement Freeman Bay pour une petite escapade derrière Green Island, à l’intérieur de Nonsuch Bay, sur la côte Est d’Antigua. Vent idéal pour effectuer les 10 milles au près. L’accès à cette baie est très étroite et tortueuse, et c’est un peu en apnée que j’y entre !

 

Malheureusement, le manque de soleil ne dévoile que partiellement la beauté du site. Dommage, car en matière de plage avec cocotiers, je deviens de plus en plus exigeant !

 

Dès le lendemain, je ressors de Nonsuch Bay (toujours en serrant les fesses !), puis reviens passer la nuit au mouillage dans Freeman Bay. J’y assiste à une scène cocasse :
Sur un catamaran proche d’Edelwenn se trouvent 3 couples d’allemands ayant largement, m’a-t-il semblé, l’âge d’une retraite bien entamée. Les 3 dames se mettent à l’eau dans le plus simple appareil, ce qui est assez rare tout de même, même aux Antilles. Elles en ressortent et profitent, intégralement, du soleil. Arrive un voilier ayant participé à la régate du jour, dont l’équipage est constitué de 5 jeunes hommes (la 20aine à peine). Le voilier tourne en rond pour trouver où jeter l’ancre, et se dirige finalement sur l’arrière du catamaran teuton. Afin d’assister à la manoeuvre, les 3 dames se lèvent, toujours en tenue d’Ève, et s’avancent même sur les marches situées sur l’arrière des coques. Les 5 jeunes marins, bouches bées et tout d’un coup paralysés, en oublient de ralentir ! C’est au dernier moment que le barreur retrouve ses esprits et évite l’abordage d’extrême justesse …
En cas d’accident, il leur aurait été difficile de faire admettre que les torts pussent être … partagés !!!

 

Il y aurait encore plein de belles choses à découvrir sur Antigua, mais je n’ai plus assez de temps pour m’éterniser. Aussi, dès le lendemain, 28 avril, je prends la route en direction de l’île Nevis, à près de 60 milles vers l’ouest.

 

À bientôt,

 

Thierry