Île montagneuse et impénétrable, la Dominique (Dominica en anglais) est ainsi appelée car découverte un dimanche. Christophe Colomb ne fit que la contourner.

Son histoire est différente de celle des autres îles : Ici, les Caraïbes surent se défendre avec férocité et conservèrent une partie de leur territoire.
Aujourd’hui, ils seraient encore quelques centaines à conserver leurs particularités d’origine : teint jaune, cheveux lisses, yeux bridés.

 

Indépendante depuis 1978, la Dominique n’a toujours pas très bonne presse auprès des navigateurs, pour des raisons d’insécurité. Cependant j’avais lu qu’à Portsmouth, au nord-ouest de l’île, les choses avaient considérablement évolué, notamment grâce à la création d’une association dont les membres assurent sur l’eau l’accueil des plaisanciers et la sécurité de la baie.

 

Je quitte donc St-Pierre en Martinique le 2 avril en ayant 55 nautiques à parcourir. La Dominique, est déjà bien visible.
Dès la pointe nord de la Martinique, je touche un alizé bien établi entre 20 et 25 noeuds, et, au grand largue, Edelwenn trace un joli sillon entre les 2 îles. J’avais pris une route assez ouest espérant ne pas être trop déventé sous le vent de la Dominique. C’est raté, la remontée de l’île se fera au moteur, je me suis rallongé pour rien.

 

Une surprise au passage, mon compas s’est inversé pendant 4 ou 5 milles, confondant le nord et le sud ! Celui du pilote automatique n’a par contre pas bronché. Je n’ai aucune idée de ce qui a pu se passer.

 

La Dominique apparaît très montagneuse et surtout très verte !

 

J’arrive à Prince Rupert Bay, devant Portsmouth, plus tôt que prévu, et je suis accueilli par « Providence », l’un des membres de la Portsmouth Association of Yacht Services (PAYS).
Après m’avoir aidé à prendre une bouée et m’avoir laissé le temps de ranger le bateau, Providence (Martin de son vrai prénom), me propose de m’emmener à la douane pour les formalités d’entrée. Il m’explique également qu’il organise une visite de la Rivière Indienne. C’est exactement pour ça que je suis là. Il passera donc me prendre sur le bateau demain matin.

 

Il y a une bonne trentaine de voiliers dans la baie, pratiquement tous britanniques, alors que nous sommes entre la Martinique et la Guadeloupe ! La promotion de la Dominique est vraiment à faire auprès des navigateurs français.

 

Le lendemain, je venais à peine de me lever quand Providence arrive.
« Toujours intéressé par la Rivière Indienne ?
- Oui ! À quelle heure ?
- Tout de suite.
- !!!
Il est 6h00, tant pis pour le p’tit déj …

 

Providence m’a « inséré » dans un groupe, 3 couples anglais qui s’avéreront vraiment charmants et très accueillants pour le Frenchie que je suis. Plus tard, ils me diront qu’ils sont vraiment contre le « Brexit », tout s’explique !

 

Nous arrivons au moteur à l’embouchure de la rivière, puis Providence sort les rames. Nous entrons dans un paysage vraiment exotique, sans bruit sauf le chant des oiseaux. A cette heure-là la température n’est pas encore trop chaude, ce qui est bien agréable, et la lumière est belle.
Au rythme lent du speed-boat devenu simple barque, nous voyagerons pendant 2 heures en dehors du monde et du temps, un décor de « Pirates des Caraïbes » contribuant à cette drôle d’impression, ainsi que la présence obstinée d’un des figurants du film (cherchez bien sur l’une des photos !) …

 

Sur le chemin du retour, notre ami « Providence » nous propose un snorkeling. Tout le monde est partant (effet de groupe !), et rendez-vous est pris pour un peu plus tard.

 

Providence nous conduira successivement sur 2 sites. Les fonds sont très beaux, mais il y a moins de poissons qu’en Martinique. Chose surprenante, nous sommes littéralement saisis de temps en temps par un courant « froid » ! J’imagine qu’il devait être à 20° …

 

Les propositions de l’association PAYS s’enchaînent : Ce soir, barbecue sur la plage, demain excursion en minibus. Toujours l’effet de groupe : Nous nous inscrivons.

 

Arrivé sur le lieu du barbecue, mes anglais m’invitent à leur table. Tout est « à volonté », le poulet ou poisson grillés, et … le punch ! C’est très efficace, je me surprends à parler anglais comme jamais …

 

Le lendemain, on sent que le réveil a été plus difficile, mais tout le monde est là pour la journée-excursion. Un couple espagnol s’est joint à nous. Au total, la journée aura été un peu longue. Beaucoup de temps en bus, mais il est vrai que la vitesse sur les routes plutôt étroites ne dépasse pas les 50 km/heure et la moyenne doit être à 35 à tout casser.

 

Le 1er détour de notre mini-bus est pour la maison de Elizabeth Ma Pampo Israel, fille d’esclaves, qui, selon les Dominiquais est la recordwoman de longévité, décédée à 128 ans en 2003. Apparemment cette « performance » n’aurait pas été homologuée pour des raisons d’état civil …

 

La forêt tropicale est vraiment dense, le relief accidenté.

 

Nous nous arrêtons pour voir quelques beaux points de vue sur la côte. Nous visitons une sucrerie en ruine, vestige de l’activité principale sous l’ère coloniale, puis une fabrique de chocolat, dont nous ne verrons que les plantations (noix de cajou, caféiers, et bien sûr cacaoyers), et … la boutique.
Près de là, nous découvrons une partie originale de la côte, dont la couleur ocre, parfois presque rouge, créé un contraste saisissant avec le bleu du ciel et celui de la mer.
Plus loin, une courte randonnée nous emmènera jusqu’à une cascade située au fond d’une gorge assez impressionnante.
Nous traverserons le territoire Caraïbe, mais l’entrée dans le principal village est payante ! Nous décidons de continuer notre route …
Le style de nombreuses personnes de cette région nous fait immédiatement penser aux indiens d’Amazonie.
Au retour, nous longeons la côte ouest et nous voyons les énormes dégâts provoqués par la tempête tropicale Erika, qui provoqua un véritable déluge sur l’île il y a 8 mois à peine. La Dominique est parcourue par de très nombreuses rivières et un nombre impressionnant de ponts ont été emportés. Par ailleurs, cette tempête a créé une longue plage de sable gris, repoussant la mer de plusieurs mètres.

 

Un arrêt pour jeter un œil sur une petite pointe orientée plein ouest, qui avait été « déguisée » en vaisseau de guerre par le fameux Rodney. Cela aurait trompé la Marine française pendant un certains temps …
Mmouais … admettons.

 

Nous apprenons aussi que la Dominique possède une Université de Médecine, très courue par les riches étudiants américains compte-tenu paraît-il de la qualité de ses enseignants (américains) ! L’accès à cette université est très, très cher, sauf pour les Dominiquais pour lesquels elle est gratuite. J’ai su plus tard qu’il y a d’autres universités de médecine américaines aux Antilles, à Grenade, à Saba, et à St-Martin. Bizarre.

 

La Dominique est, plus pour son intérieur que pour sa côte, une très belle île, et sans doute la plus préservée de tout l’arc antillais (il n’y a pas, ou très peu, de plages de sable clair, ce qui la protège du tourisme de masse). Elle m’a semblé aussi l’une des plus accueillantes.

 

Le 5 avril, je mets à nouveau les voiles en direction de Pointe-à-Pître.

 

A bientôt,

 

Thierry