Initialement, je n’avais pas prévu de descendre jusqu’à Grenade, mais j’ai du temps devant moi. En outre, la route vers le sud est bien agréable puisque le vent m’y porte. Alors …

 

Le 9 mars je m’arrache à la quiétude de Carriacou pour descendre jusqu’à St George, la capitale de Grenade. Un peu plus de 30 nautiques, hmm … je m’étais bien habitué aux toutes petite étapes, moi ! Mais encore une fois, l’alizé d’est-nord-est m’offre une navigation confortable et relativement rapide.

 

Particularité de cette route, il faut contourner une zone de sécurité à cause d’un volcan sous-marin qui s’est réveillé en 1988. Il n’y a pas d’obligation, juste une recommandation, mais comme le laisse entendre un des guides de navigation que je lis assidûment, passer à cet endroit lors d’une éruption serait probablement une grande expérience, … et un sacré choc !

J’ai donc fait le tour …

 

Je longe ensuite la côte ouest de Grenade sur une douzaine de milles avant d’atteindre St-George’s Harbour.

 

La Marina Port-Louis, blottie dans « the lagoon », est très proprette. Le personnel est plutôt agréable, mais l’ensemble se la joue un peu. Or, pendant mon séjour, les immenses catways pour super-yacht sont restés bien vides, et heureusement que les loueurs de bateaux de Martinique semblent avoir fait de cette Marina leur base « sud », sinon, c’était le désert.
En attendant, suis au calme, c’est ce qui m’importe. Calme toujours à relativiser car à Grenade comme sur toutes les îles déjà visitées, les soirées sont toujours poly-musicales. Mais c’est comme ça, c’est l’ambiance « Caraïbes » !

 

Découverte en 1498 par Christophe Colomb lors de son 3ème voyage, Grenade ne fut colonisée qu’à partir de 1609, par les Anglais. Les Caraïbes en mangèrent quelques uns et rejetèrent les autres à la mer. Les Français tentèrent leur chance plus tard, en 1650, en négociant l’achat de l’île avec de la pacotille et pas mal d’alcool …
Dégrisés, les Caraïbes se rendirent compte de leur erreur, mais les Français ne lâchèrent pas l’affaire. Même scénario qu’aux Canaries : Acculés au nord de l’île, les derniers Caraïbes choisirent de se jeter d’une falaise.
Les « locaux » éliminés, les Français et les Anglais purent alors tranquillement se battre entre eux, et comme assez souvent lors de ces conflits, ce sont les Anglais qui ont été les plus motivés, le traité de Versailles leur attribuant définitivement la suprématie sur Grenade en 1783.
Grenade devint indépendante, membre du Commonwealth, en 1974.
Le premier 1er Ministre, autoritaire et confondant ses intérêts personnels avec ceux de son pays, fut renversé en 1979. Son successeur, « progressiste », s’entoura de conseillers cubains : Angoisses aux USA … Les Marines débarquèrent en 1983 et renvoyèrent les cubains fumer leurs cigares chez eux. Depuis, Grenade connaît une situation politique stable qui lui permet de développer commerce et tourisme.

 

St-George’s (20 000 habitants), capitale de Grenade, créée par les Français en 1650 sur ordre de Richelieu, est de loin la plus belle ville que j’ai visitée depuis mon départ.
Quelques bâtiments français et anglais du XVIIIème ont été restaurés et sont occupés par différentes administrations. Le commerce maritime, la pêche, et le balai des paquebots créent un mouvement incessant autour du port. Le Sendall Tunnel permet de joindre facilement les 2 parties de la ville, séparées par une butte rocheuse sur laquelle domine le Fort George. J’ai lu que ce tunnel, apparemment unique aux Antilles, avait été construit par les Français, mais une plaque à l’entrée l’attribue aux Anglais, alors …
Les « bus » s’expriment toujours à petits coups de klaxon, il y a de la musique partout, des enfants reviennent bruyamment des écoles. Le Stade est le lieu de compétitions d’athlétisme et un speaker anime et commente les épreuves avec enthousiasme. Les enfants qui ne concourent pas sont dans les tribunes et dansent au rythme de la musique qui ne s’arrête jamais, tout en encourageant leurs favoris.
Je retrouve la joie de vivre qui m’avait frappé à Carriacou, en plus bruyant. La ville, quoi !

 

St-George’s est dominée par le Fort George sur lequel flotte les drapeaux grenadais, britannique, et français. Pas de jaloux ! Cet imposant ouvrage militaire est aujourd’hui en partie occupé par une école de police. J’ai donc été surpris d’y rentrer comme dans un moulin. No pressure, no stress …

 

Grenade est l’un des principaux pays producteurs de noix de muscade. Cet épice figure d’ailleurs sur le drapeau national et malgré les cyclones qui ont dévasté bâtiments et cultures, Grenade tire toujours une partie importante de ses ressources de l’agriculture.

 

A Gouyave, au nord-ouest de l’île, existe une unité de production de noix de muscade. J’ai envie d’aller voir ça. J’irai en « bus », c’est très peu cher, c’est souvent sympa, et ça permet toujours de côtoyer les gens du coin.

 

1er obstacle, trouver la bonne ligne …
- I would like to go to « Gouillave »
- Where ?
- « Gouillave »
- ???
- I want to visit a spice factory
- Aaaahhh, Goave !
Bon, donc, on dit « go-ave ».

 

Assez long trajet le long de la côte ouest (à l’échelle des îles). Et comme toujours, aucun panneau indicateur aux intersections ni à l’entrée des villages. Me voyant scruter la route avec perplexité, mon voisin me demande si je sais où je vais. Ben, non pas vraiment, à « Goave » … Gentiment, c’est lui qui demandera au chauffeur de s’arrêter au bon endroit, en me disant, c’est là-bas, devant (enfin, il a dû en dire plus, mais je n’ai pas compris). Gouyave, c’est pratiquement une unique et longue rue, ça ne devrait pas être difficile …

Auparavant, nous aurons eu le temps de parler « foot » ( PSG, Barça, Real, Bayern, … le foot européen est celui qui est suivi, malgré la proximité avec l’Amérique du Sud).

 

A Gouyave, on remarque immédiatement qu’on est assez loin de la relative aisance de St-George. Beaucoup d’habitations n’ont comme murs que des tôles ondulées et quelques planches. Et, sauf la banque, les minuscules échoppes ne font pas vraiment meilleure figure. Devant chaque « maison » (2 ou 3 mètres de façade, rarement plus), les gens sont assis, souvent par terre, discutent ou somnolent. Je parcours toute cette rue dans les 2 sens, dans l’indifférence générale d’ailleurs, avant de m’apercevoir que la fabrique est dans un bâtiment qui m’avait semblé … à l’abandon !

 

La visite, courte mais sympa (j’étais tout seul, le guide a fait des efforts prodigieux pour que je le comprenne), est intéressante. Récolte, séchage (plusieurs mois), calibrage, mise en sacs, puis toute la production part sur … Hambourg (je n’ai pas pu savoir pourquoi cette seule destination). L’essentiel du bâtiment est donc dédié au séchage, … d’où l’absence de fenêtre aux ouvertures, qui, entre autre, m’avait donné cette impression d’abandon.

 

Au retour, je descends du bus au pied d’une route qui me mènera aux Concord Waterfalls.

 

Grimpette de 3 ou 4 km sous le soleil, donc très chaude, pendant laquelle je suis dépassé par des minibus de touristes allemands. Comme je n’en ai pas croisé, ça risque d’être surpeuplé là-haut … Effectivement, il faut presque jouer des coudes pour voir la jolie cascade au pied de laquelle un bassin naturel s’est creusé et dans lequel il est possible de se baigner, ce que les outre-rhénanes présentes ont fait, en poussant des hurlements. Apparemment, l’eau était froide … J’aurais bien crié un truc du style « là, là, des pyranas ! », pour voir. Mais bon.

 

Heureusement, 2 autres cascades existent un peu en amont. J’abandonne donc les germaines à leurs clapotis …

Là, plus de route, mais un chemin qui s’avèrera parfois un peu scabreux. Du coup, je suis seul, et le torrent chante joyeusement (car il ne sait pas ce qui l’attend quelques mètres plus bas …).
Ardu, le chemin ! Mais ça valait la balade dans une forêt de plus en plus dense, et le coup d’oeil, la seconde cascade étant bien jolie et sans baleines hurlantes !

 

Le parcours devenant dangereux, je ne me risque pas plus avant vers la 3ème chute d’eau. Évitons la chute d’os. Pardon.

 

Voilà. Ma découverte de Grenade n’aura été que très partielle. Avec le recul, j’aurais sans doute pu, ou dû, prendre 2 ou 3 jours pour explorer, en bateau, la côte sud, très belle apparemment. Mais à ce compte, j’aurais aussi bien pu suivre le « conseil » d’un excellent ami qui m’a répété 15 fois que je n’étais pas loin du … Vénézuéla (C’est vrai, à 90 milles, 1 journée de mer seulement !).
A St-George’s, j’étais tout juste au-dessus du 12ème parallèle (Brest est au-dessus du 48ème …), il était temps de repartir vers le nord.

 

Prochaines étapes : Carriacou bien sûr, puis d’autres Grenadines. Ensuite St-Vincent et Ste-Lucie à nouveau. Encore plein de belles photos à faire !

 

À bientôt,

 

Thierry