Je quitte la Dominique le 5 avril. Il y a une bonne quarantaine de milles à parcourir jusqu’à Pointe-à-Pitre où j’attendrai avec impatience Axelle et Yaël.

Du nord de la Dominique, la Guadeloupe, très visible, semble relativement proche et ressemble à 2 îles séparées par un large chenal (Grande-Terre à l’est, plane et peu élevée, Basse-Terre à l’ouest, montagneuse). Pointe-à-Pitre est tout au fond de ce « chenal », qui est en fait une vaste baie, et l’approche en est interminable.

 

La Marina de Bas-du-Fort accueille les bateaux visiteurs sur le quai Malinovski, du nom de Michel Malinovski, malheureux second de la 1ère route du Rhum (St-Malo – Pointe-à-Pite), en 1978, coiffé sur le poteau par Mike Birch pour 1 minute et 38 secondes. A l’époque, sur une course transatlantique, un si faible écart était quelque chose d’absolument impensable. Les murs extérieurs de la capitainerie portent les photos des vainqueurs de la Route du Rhum : Birch donc, puis Pageot, Poupon, Arthaud, Bourgnon (2 fois), Desjoyaux, Lemonchois, Cammas, et pour la dernière édition, Peyron.

Tout à côté, un bureau est dédié à la Mini-Transat … chapeau bas à celles et ceux qui en ont pris le départ !

Voilà pour l’ambiance.
Pour ma part, en attendant mes vacanciers, nettoyage, lessive, et rangements sont à l’ordre du jour … chacun joue dans sa cour !

 

Axelle et Yaël atterrissent le 10 et dès le lendemain, nous quittons la Guadeloupe et mettons le cap sur Marie-Galante. 20 milles seulement à parcourir, mais le temps n’est pas terrible et au sortir de la Baie de Pointe-Pitre nous voyons l’anémomètre grimper rapidement. Du coup, nous longeons Grande-Terre pendant quelques milles au moteur, puis nous obliquons au sud vers notre destination.
Comme toujours dès qu’on s’éloigne de la côte, le vent redevient « Alizé » et se stabilise à un niveau très praticable. Et c’est très bien, car mon équipage n’est pas au mieux de sa forme : lumbago pour l’une, entorse pour l’autre (La compagnie aérienne aurait pu s’appeler « Croix-Rouge Airways » !). Nous pouvons tout de même continuer notre navigation à la voile, ce qui est bien plus agréable, et devinez ce que nous fredonnons ? Du Voulzy bien sûr !

 

 

Après 4 heures de navigation, nous mouillons devant Saint-Louis, village particulièrement calme qui semble ne s’animer qu’aux heures d’arrivée des ferries en provenance des îles voisines. Là, c’est la ruée vers les taxis et véhicules de location. En 20 minutes, tout le monde a disparu, et le village peut à nouveau  s’assoupir.

 

Nous aussi, nous prenons une voiture de location pour visiter l’île. Une journée devrait nous suffire pour en faire le tour et voir l’essentiel des lieux « remarquables ».
Certaines plages méritent effectivement le coup d’oeil (et je commence à m’y connaître !). Petite randonnée pour apercevoir la “Gueule du Grand Gouffre”.
Surnommée l’île aux 100 moulins, Marie-Galante en compte encore de nombreux, la plupart sont en ruine, mais quelques uns ont été très bien restaurés. C’est le cas du moulin de Bézard, que nous visitons.
Après cet arrêt, nous nous mettons à la recherche de l’une des 3 distilleries encore en activité sur l’île, la distillerie Bielle.

Juste munis d’une carte touristique peu précise, nous galérons un peu pour la situer. Au jugé, nous prenons une petite route, qui se transforme rapidement en chemin pour tracteurs et nous zigzaguons pendant une vingtaine de minutes entre les ornières avant de trouver enfin notre St-Graal. Il se dit en effet que c’est à Marie-Galante qu’est produit le meilleur rhum … alors nous avons visité, dégusté, apprécié, et emporté un lest supplémentaire pour Edelwenn, auquel, c’est promis, je ne toucherai pas avant mon retour à Brest !

 

Nous déjeunons à Capesterre, devant une superbe plage. Malheureusement, le temps tourne à la pluie, et nous renonçons à la baignade que nous avions prévue.

 

Près de Grand-Bourg, un ancien et somptueux domaine colonial, l’habitation Murat a été préservé et abrite aujourd’hui un petit Écomusée. Le parc du domaine est particulièrement bien entretenu, et malgré le sol particulièrement spongieux, et la pluie qui perdure, nous apprécions cette intéressante visite.

 

Au retour vers Saint-Louis, nous longeons les vastes plantations de cannes-à-sucre. Comment ne pas penser à ceux qui, après avoir été enlevés, déportés, puis réduits en esclavage, ont durement travaillé ici ? …

 

Dès le lendemain de cette journée à Marie-Galante, malheureusement bien pluvieuse, nous levons l’ancre pour rejoindre Les Saintes. Traversée tranquille (17 milles) sous un ciel en nette amélioration. Et pour ses premières armes en tant que skipper d’Edelwenn, Yaël régate … et gagne !

A l’approche du mouillage, nous apercevons le spectaculaire Club Med 2, qui quittera le mouillage le soir-même.

 

Plus nous approchons, plus nous sommes saisis par la beauté des paysages. Alors autant le dire tout de suite, nous avons a-do-ré notre escale. Les Saintes sont vraiment très belles, et paisibles, surtout lorsqu’une grande partie des visiteurs ont repris le ferry pour retourner en Guadeloupe !

L’Anse du Bourg (mouillage sur bouée obligatoire) est bien sûr très fréquentée, mais suffisamment vaste pour qu’on ne s’y sente pas à l’étroit, et située dans un cadre dont on ne peut se lasser (elle fait tout de même partie du club très fermé des plus belles baies du monde !) Nous y serions bien restés 3 semaines … ou 3 mois !

 

L’archipel est composé de 2 îles principales, habitées, Terre-de-Haut (à l’est) et Terre-de-Bas (à l’ouest), et de quelques îlots qui complètent le paysage. L´atmosphère qui s’en dégage m’a souvent fait penser à Bréhat.
L’essentiel de l’activité touristique est concentrée sur Terre-de-Haut. Terre-de-Bas est un magnifique havre de (grande) tranquillité.
Les plages, les sites de « snorkeling » sont faciles d’accès. Les balades n’offrent que des paysages de cartes postales, et chaque soir on admire un nouveau coucher de soleil, juste entre Terre-de-Bas et l’îlet à Cabri, en prenant, pourquoi pas, l’apéro …

 

Nous démarrons notre visite par le Fort Napoléon (achevé en 1869, commandité par Napoléon qui n’y a donc jamais mis les pieds, ce fort qui n’a connu aucune bataille servit de pénitencier).

La visite, très agréablement commentée, raconte l’histoire des Saintes et notamment la problématique de la gestion de l’approvisionnement en eau. L’absence totale d’eau douce avait d’ailleurs découragé les 1ers colons aux alentours de 1650 au point qu’ils abandonnèrent rapidement l’archipel, avant finalement d’y revenir. Et cela ne fait qu’à peine 20 ans que le problème de l’eau a trouvé sa solution, grâce à la mise en œuvre d’une véritable prouesse technique : l’installation d’une canalisation sous-marine flexible de 14 kilomètres reliant les Saintes à la Guadeloupe.

 

Le parc du Fort est habituellement fréquenté par des iguanes, mais nous n’en apercevrons qu’un, brièvement. Par contre, sur le chemin nous menant à la Baie de Pontpierre, pourtant fort fréquenté par les piétons, les scooters et les voitures, nous voyons un iguane nous passer sous le nez, pas affolé du tout, mais ne se laissant tout de même pas trop approcher.

La plage est très belle, mais trop fréquentée à notre goût. Nous cédons tout de même à la tentation … et nos  ”voisins” de baignade nous feront sourire, un peu à leurs dépens (en souvenir des Deschiens peut-être ? Chut, je n’ai rien dit).

 

Le lendemain, c’est en annexe que nous nous rendons à Petite Anse, en admirant au passage le « Pain de Sucre » et ses impressionnants tuyaux d’orgue. La plage, le site, sont très agréables, mais nous nous souviendrons surtout, malheureusement, de l’immense tas de sacs-poubelle méthodiquement empilés devant le panneau interdisant formellement le dépôt d’ordures …

 

Le jour suivant, nous décidons de partir en randonnée jusqu’à l’Anse Crawen en passant par le petit fort situé sur le point culminant de Terre-de-Haut, appelé le Chameau (309 mètres). Nous n’avions pas imaginé que la pente serait si rude, et bien que nous soyons partis relativement tôt, nous sommes rapidement rattrapés par la chaleur.
Arrivés au pied de la petite forteresse, bien essoufflés, en surchauffe, et les cuisses douloureuses, nous sommes largement récompensés par l’impressionnant point de vue sur tout l’archipel des Saintes.
Nous imaginions naïvement que la descente sur l’autre versant ne serait qu’une formalité. Et bien non ! Le chemin n’en est pas un mais tout juste une piste (très bien balisée cependant), la pente est très raide, et il faut zigzaguer entre les rochers, sauter de pierres en pierres, et ne pas se prendre les pieds dans les innombrables racines qui sont autant de pièges à chevilles. Certains passages sont assez scabreux, mais finalement, c’est bien entiers que nous débouchons sur la belle et cette fois-ci peu fréquentée Anse Crawen. Jamais baignade ne fut plus appréciée !!! Nous nous sommes bien amusés grâce aux crabes “Mal Zoreille”. Cet habitant des plages antillaises sort de son trou comme un diable de sa boîte, se déplace à une vitesse incroyable, et s’enfouit à nouveau dans le sable aussi vite qu’il en était sorti. Vraiment très étonnant à observer.
Nous revenons au Bourg (le village n’a pas d’autre nom) par la route, les jambes un peu flageolantes !

 

C’est encore en annexe que nous nous rendons sur l’îlet à Cabri, situé à peu de distance de l’Anse du Bourg, pour un agréable snorkeling, sous l’oeil indifférent des pélicans.

 

Nous consacrons une journée à Terre-de-Bas, toujours armés de nos masques, palmes et tubas. Le bus-taxi local nous conduit jusqu’au village de Petites-Anses où nous jetons un œil à la mare du Grand-Trou. L’eau n’y est pas claire du tout, mais de temps en temps apparaissent des tortues Molokoï, espèce originaire d’Amérique du Sud et d’Amérique Centrale. Nous scrutons désespérément les taillis alentour, espérant y apercevoir les iguanes qui, normalement, s’y cachent. C’est au moment de partir, un peu déçus, que nous avons réalisé que 2 iguanes étaient « perchés » dans l’arbre sous lequel nous étions depuis pas mal de temps ! Stoïques, ils n’ont pas montré qu’ils se marraient bien …

 

Nous marchons jusqu’à l’Anse à Dos où les fonds sont à voir. Le cadre, au-dessus et sous la surface, est vraiment enchanteur. Nous nous laissons d’ailleurs un peu bercer, nous éloignant imprudemment de la plage. Le retour, contre le courant, s’avérera particulièrement difficile. Une petite leçon au passage …

 

La route du retour est en pente très raide, mais une bonne âme nous propose de nous embarquer à l’arrière de son pick-up. C’est ainsi que Yaël voyagera assis sur un énorme coupe-coupe … sans dommage heureusement !

 

Le taxi vient nous chercher à Petites-Anses pour nous amener à Grande-Anse. La route longeant la côte sud nous offre encore de superbes points de vue sur les îlets de l’archipel …

 

A Grande-Anse, nous nous sustentons dans un restaurant très « couleur locale » où l’ambiance est particulièrement amicale et joyeuse, devant, encore ( ! ), une magnifique plage. Avant de reprendre le ferry pour Terre-de-Haut, une nouvelle baignade s’impose donc !!!

 

Le 17 avril, notre semaine à 3 arrive déjà à son terme, et nous devons vraiment nous faire violence pour quitter ce paradis …
Navigation très calme jusqu’à Pointe-à-Pitre. Axelle et Yaël s’envolent le soir-même … bourdon.

 

Mon programme d’îles en îles est encore chargé, il n’est donc pas question de jouer les brinics en Guadeloupe ! Je quitte Pointe-à-Pitre le 21, contourne la pointe du Vieux-Fort, au sud-ouest de la Guadeloupe, puis jette l’ancre dans l’Anse à Barque pour la nuit.

A l’arrivée, quelque chose de bizarre me gène … mais je mets un peu de temps à réaliser que les bateaux sont étonnamment tournés vers l’ouest. Grâce à l’absence de vent, un courant facétieux nous oriente face au coucher de soleil pour la 1ère fois depuis mon voyage dans les Caraïbes.

 

Le 22, je remonte la côte ouest de Karukéra (Guadeloupe en amérindien) jusqu’à la très jolie anse qui abrite le village de Deshaies.

 

Non loin de ce village se trouve un jardin botanique dont l’histoire n’est pas banale.
Coluche avait acheté cette propriété en 1979. Il demanda à un ami pépiniériste et paysagiste de s’occuper de son entretien. Après le décès de Coluche, l’ami racheta la propriété et la transforma en jardin botanique, accessible au public depuis 2001.
A mon avis moins spectaculaire que celui de Balata (en Martinique), aux géométries très calculées, mais plus « sauvage » et luxuriant, il mérite largement la visite.
Sur un simple coup de fil, le jardin botanique envoie une voiture chercher les navigateurs qui en font la demande. Le voyage retour est offert de la même façon. Gentiment, la conductrice accepte même de me déposer à Grande Anse, magnifique plage où j’ai envie de barboter un peu, pour terminer mon séjour en Guadeloupe.

 

Le 24 avril, je mets le cap pour Antigua, île indépendante située à un peu plus de 40 milles.

 

A bientôt,

 

Thierry