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Monthly Archives: avril 2016

Saint-Vincent …

Par

Le 1er mars, je quitte l’Anse des Pitons et Sainte-Lucie pour rejoindre Saint-Vincent.

 

Un peu moins de 40 nautiques. Vent portant oscillant entre 15 et 20 noeuds.

 

Devant Wallilabou, je suis accueilli à plus d’1 mille du mouillage, par un « boy-boat ». L’homme n’est pas tout jeune et n’est pas bien épais. Sa barque, effilée, d’un très faible franc-bord, n’a pas de moteur, et c’est à la rame qu’il m’accompagne (moteur au ralenti du ralenti …) jusqu’aux bouées disposées devant un ponton en partie effondré.

Une amarre sur une bouée, une autre à l’arrière qu’il ira frapper sur un des poteaux en bois qui soutenait l’extrémité du ponton. Il y a pas mal de ressac et l’opération s’avère plutôt sportive. Le lendemain, je le verrai plonger pour libérer l’aussière d’un autre bateau … impressionnant.
Les boy-boats sont à l’affût du matin au soir devant tous les mouillages (sur ancre ou sur bouée) de la plupart des îles. Ils guettent le voilier, parfois à plusieurs milles du mouillage concerné, et se font parfois la course entre eux pour être le 1er sur la proie !
Leur « fonction », absolument non-officiel, est d’aider les bateaux à s’amarrer sur bouée ou à mouiller leur ancré au bon endroit.
Le « tarif » usuel (conseillé par les guides nautiques) pour le coup de main est de 20 EC$, soit 7 € environ. Dans certains cas où l’aide n’est vraiment pas indispensable, on ressent un peu ça comme du racket. D’autres fois, c’est un service appréciable.
La location de la bouée est à régler en plus, et là, il faut s’assurer de donner l’argent à la bonne personne !
Un allemand, à Wallilabou justement, a été berné par un gamin à qui il a donné 20 EC$ pour son aide, plus 50 qu’il réclamait pour la bouée. 1 heure plus tard il a dû régler à la bonne personne le prix de la location, qui n’était d’ailleurs que de 20 EC$ ! Résultat, 90 EC$ pour une bouée qu’il aurait pu, étant en équipage, prendre seul, pour 20 EC$ …

 

A peine amarrés, les bateaux sont assaillis par les « vendors » qui proposent des fruits, parfois du pain (qu’ils apporteront le lendemain matin), de récupérer les sacs poubelle, …
Ces « vendors » sont, selon les endroits, parfois très insistants, et la qualité des produits est à regarder de près (pour les poubelles, il se dit que certains les jettent … à la mer !). D’autres sont roublards et annoncent comme un prix « d’ami » une valeur très excessive (« you’re not american, best price for french sailor » … mon œil, ouais !). Mais dans l’ensemble ils sont sympas et proposent des fruits de bonne qualité. Si on leur dit « non », ils n’insistent pas tout en gardant le sourire. Le plus malin, mais extrêmement gentil, je l’ai rencontré plus tard à Chateaubelair Bay (à Saint-Vincent également).
- How much ?
- You’re price will be the best price for me !
Quand il a insisté pour me donner des fruits en plus, je me suis dit que sa technique était vraiment bonne !
Il était touchant, là aussi d’un âge (apparent) bien avancé, et faisait des efforts pour parler français. Je lui ai demandé où il l’avait appris : « À l’école. Puis un jour, un marin français m’a donné un dictionnaire anglais – français. Depuis, je le lis, c’est bon pour la tête ! »

 

Au même endroit, le gamin qui m’avait montré l’endroit (précis !) où je devais impérativement jeter mon ancre pour qu’elle tienne, m’a parlé du Père Jaouen, dont il venait d’apprendre la mort sur … Facebook. Il en était manifestement affecté.

 

C’est aussi une particularité de ces îles où nombre de maisons ressemblent à des taudis, où l’habillement et la propreté laissent à désirer (selon nos critères), où on ne sait pas trop si les enfants mangent toujours à leur faim (mais je pense plutôt que oui) : la technologie Internet est présente partout (mais par contre difficilement accessible pour les plaisanciers !). Entendre parler de Facebook à Chateaubelair Bay … C’est bien et bizarre à la fois.

 

 

Wallilabou a été l’un des sites choisis pour le tournage de Pirates des Caraïbes et essaie de se donner un air de repère de flibustiers. Mais c’est assez raté. Un « musée » expose dans la pénombre des photos défraîchies du film (même pas du tournage).

 

A Wallilabou, j’ai pu faire ma clearance d’entrée. Je suis donc en règle pour entrer dans les Grenadines qui dépendent de cette île (et ça, ça ne fait pas flibustier du tout !)

 

Dès le lendemain, je quitte donc Saint-Vincent pour rejoindre la 1ère des Grenadines (la plus au nord), Bequia.

 

Un voilier Canadien fait la même route que moi. Bien sûr, on fait de la croisière « tranquille », mais dès que 2 bateaux se suivent, discrètement, on affine les réglages !

 

La plupart du temps, Edelwenn, avec ses 36 pieds (11 m), est le plus petit bateau de la flotte. D’ailleurs, les rares bateaux plus petits que j’ai vus étaient français également (les prolos de la croisière, quoi !)
J’observe que la grande majorité des voiliers de voyage font autour de 43 pieds (13,10 m).

 

Théoriquement, plus un bateau est long, plus il va vite. Mais, le poids (et la surface des voiles, et plein d’autres choses, bien sûr) est également un facteur déterminant. Beaucoup de ces 40 pieds et plus ont un déplacement (pèsent) de 15 à 20 tonnes (ce qui leur confère notamment plus de stabilité dans une mer formée).
Le déplacement d’Edelwenn n’est que de 7 tonnes environ pour une surface de voile relativement importante compte tenu de sa taille. Un bateau de course de même longueur pèserait autour de 4 tonnes à peine …
Edelwenn est donc relativement rapide et au jeu des petites régates, il « gagne » souvent. Il faut la plupart du temps que le concurrent fasse plus de 45 pieds (plus de 14 m.) pour qu’il soit, parfois, à la peine.

 

On voit aussi énormément de catamarans aux Antilles. Ces voiliers peuvent aller vite, mais très souvent ce sont des bateaux de location menés par des gens qui ne semblent pas toujours très expérimentés. On remarque souvent des voiles mal réglées ou excessivement réduites.

 

En ce qui me concerne, la vitesse est un critère qui m’intéresse, mais pas au prix d’un inconfort excessif ! Vivre penché pendant des heures (et au retour vers Brest peut-être des jours), ce n’est pas nécessairement très plaisant. De même, prendre ou larguer des ris toutes les ½ heures quand le soleil cogne …
Mais, s’il y a un autre voilier sur la même route, tout ça devient bien plus amusant !

 

Bon, bref, le Canadien fût rattrapé, salué au passage, puis un peu distancé, pendant la courte traversée (15 milles) jusqu’à Port-Elizabeth, sur Béquia (ah, au fait : prononcer Bécoué …).

 

 

À bientôt,

 

 

Thierry

 

(photos dans quelques jours ..)

 

 

Saint-Lucia (Sainte-Lucie)

Par

Je quitte le Marin le 19 février, pour 2 mois à la découverte des Winward Islands (îles du vent, situées au sud de la Martinique, jusqu’à Grenade).
Ces îles forment un joli chapelet où chacune est proche de la suivante. Navigations tranquilles en perspective ! Et toujours de jour.

 

Pour ma 1ère escale, je vise Rodney Bay, au nord de Sainte-Lucie. Après 4h30 de navigation, je découvre un magnifique plan d’eau, protégé au nord par une presqu’île (Pigeon Island).

 

Sainte-Lucie (Saint-Lucia en anglais – prononcer approximativement Louchia), 1ère île au sud, doit son nom à Christophe Colomb himself, qui la découvrit le jour de la Sainte … ? Bravo !
Les 1ers européens qui s’installèrent sur cette île, et notamment à Pigeon Island, furent des pirates commandés par un certain François Leclerc (mort aux Açores en 1563), un normand. Ce charmant jeune homme était surnommé Jambe de Bois, et serait « officiellement » le 1er pirate à avoir porté un tel appendice, ce qui ne l’empêcha pas de poursuivre sa … vocation avec beaucoup d’enthousiasme, œuvrant pour les Français contre les Anglais, puis l’inverse ! Pourquoi se gêner ? …

 

Comme il se doit dans la région, Sainte-Lucie aura été convoitée avec opiniâtreté par les meilleurs ennemis de l’époque, Anglais et Français. Elle a changé 14 fois de main ! Française pour la dernière fois de 1802 à 1814, elle est maintenant indépendante (depuis 1979).

 

Pour accéder à la marina, il faut d’abord en trouver l’entrée ! Très étroite et fondue dans le paysage, il faut vraiment avoir le nez dessus pour la voir.
En fait, la marina est blottie dans un plan d’eau intérieur, juste derrière les plages qui s’étendent sur toute la largeur de Rodney Bay.
Très peu de voiliers français, mais beaucoup d’Américains (la marina appartient à un groupe américain …), des Canadiens, des Britanniques.

 

Dès mon arrivée, je dois me soumettre aux formalités de douane et d’immigration. Ces formalités (on parle de « clearance ») sont obligatoires à l’entrée et à la sortie de chaque pays. Elles se font en quelques minutes sans difficulté, et … hop-là, on paye une taxe d’entrée. Youpi !
Je vais aussi devoir me familiariser avec la monnaie locale (heureusement commune à la plupart des îles non françaises), le East Caribbean Dollar (EC$, prononcer ici-dollar).

 

Autre changement, toutes ces îles sont anglophones. Je m’étais plutôt bien habitué aux accents portugais et espagnol, mais ici j’ai du renouer avec le « could you repeat ve-ry -slow-ly-please », ce qui ne facilite guère la communication …
Mon accent à moi doit être redoutable, mais il n’y a peut-être pas que ça …
Exemple de dialogue sur un ponton :
Le marin américain (grand, large d’épaule, rasé de près, propre sur lui, tout juste descendu de son au moins 45 pieds rutilant) : « Hi ! »
Le marin breton (chétif, vêtu d’un T-shirt sans forme rigidifié par le sel et la sueur, pas rasé depuis …, pas douché à l’eau douce depuis … parce que sur un 36 pieds l’eau ça sert à cuire les nouilles !) : « Aïe ! »
Le marin américain (avec un sourire) : « How, you’re French !? »
Le marin breton (en son for intérieur) : « Comment tu l’sais, ducon ??? »

 

Ma 1ère excursion sera pour Fort Rodney, situé à l’extrémité de Pigeon Island, et dont les alentours ont été aménagés en un très agréable parc. Du Fort on découvre un magnifique point de vue sur Rodney Bay.

 

Là, je sens que vous trépignez, qu’une question vous tourmente : Mais qui est donc ce Monsieur Rodney ?
Un amiral, anglais vous l’aurez deviné, qui eut l’idée de faire construire le fort qui portera son nom dans le but très assumé d’observer en toute tranquillité les mouvements de la marine française en Martinique.
Cet ennemi, donc, connut pas mal de succès sur les Français, les Espagnols, les Hollandais, mais aussi quelques revers de fortune ! Ruiné, et sans commandement, il s’installa à Paris (!!) où il accumula les dettes de jeu qui l’empêchèrent quelque temps de quitter la ville (!!!!)
Alors qu’il dînait chez le Maréchal (français) de Biron, Rodney affirma que s’il était libre de reprendre le combat, la marine française connaîtrait moins de succès. (Attention accrochez-vous …) Grand seigneur, le Maréchal français lui répondit ceci : « Partez, Monsieur, allez essayer de remplir vos promesses. les Français ne veulent pas se prévaloir des obstacles qui vous empêchent de les accomplir », et régla lui-même les dettes de l’Anglais.

 

De l’orgueil français ou du pragmatisme anglais qui l’emportera ? …

 

Et 3 ans plus tard … Rodney a pris le commandement des forces navales anglaises aux Antilles. Il fait appareiller son escadre, basée à Sainte-Lucie, pour se porter à la rencontre de la flotte française commandée par l’amiral de Grasse. La confrontation aura lieu le 12 avril 1782. Au terme d’un combat de 11 heures la défaite française est lourde : 7 navires arraisonnés (dont le Ville de Paris, vaisseau amiral), 2000 morts, 7000 blessés, 4000 prisonniers, …

 

Passons …

 

Pour visiter Castries, la capitale, j’emprunte pour la 1ère fois les « bus » locaux. Il s’agit en fait de fourgons qui embarquent 15 à 18 personnes, chauffeur compris (5 rangées de 3, et parfois, on se serre …). Pas d’horaire, le bus s’arrête quand et où on lui demande. C’est sympa et vraiment pas cher. Un coup de klaxon peut vouloir dire « bonjour », « attention j’arrive », « attention je pars », … et certainement plein d’autres choses puisqu’il est tout le temps utilisé, à petits coups brefs. Pas d’agressivité entre conducteurs, tout cela est courtois et joyeux … « Ok brother », « Yeeehhh man ».
La radio est en marche, très fort généralement. Un auto-collant, et je me retrouve face à certaines réalités : « If it’s too loud, you’re too old ». J’ai du coup décidé que c’était tout à fait supportable …
La conduite est généralement comme l’auto-radio : accélérations, attaque des virages, freinage juste avant les dos d’âne, … toujours à fond ! Mais c’est sympa et folklorique.

 

Castries vaut sans doute un coup d’oeil, mais rapide. La Cathédrale, dont la charpente est métallique, est vraiment belle intérieurement (La présence française y a aussi laissé quelques souvenirs). Un quartier aux belles maisons coloniales (certaines abritant un ministère). Le port de pêche.

 

Je réalise à quel point la marina est une enclave et que ses alentours, touristiques, sont privilégiés … A Castries, la misère se voit.

 

Je reprends le « bus » dès le lendemain pour Soufriere, beaucoup plus au sud. Au bout d’une heure de route, mon enthousiasme pour les transports en commun locaux était un peu retombé (Il me faudra 5 bonnes minutes pour me déverrouiller un genou. Finalement, les avions d’Air-France sont spacieux !).

 

Courte marche pour rejoindre un jardin botanique et la Diamond Waterfall.
Ce sont des Français qui ont découvert que l’eau de la rivière avait les mêmes propriétés thérapeutiques que celles d’Aix-les-Bains, Aix-la-Chapelle, … (j’aurai dû y plonger mon genou, pour le retour …). Louis XVI déboursa la somme nécessaire à la construction de bains (que je n’ai pas photographiés, y avait des touristes américains dedans).

 

A Soufriere aussi je suis frappé par la misère. Estropiés, malformations, gens à peine vêtus, « idiots du village » parlant aux murs …

 

Comme finalement Edelwenn est un moyen de transport très confortable, c’est en bateau que je reviens à Soufriere pour y profiter du magnifique paysage proposé par les Pitons, le Grand et le Petit, respectivement 770 et 743 mètres (qui a pensé « de long » ???)
J’en profite pour y faire ma « clearance » de sortie.

 

Dès le lendemain, je contourne par la mer le Petit Piton pour rejoindre l’Anse des … Pitons.
Très jolie plage, mais privatisée par un hôtel haut de gamme. On m’y laissera tout juste échouer mon annexe, mais pas trop près des bains de soleil de ces braves gens.
Sans savoir précisément combien de kilomètres j’aurai à faire, je pars en randonnée vers le lieu-dit « Tet Paul », d’où la vue devrait récompenser mes efforts. Finalement, ça faisait 18 kilomètres aller-retour, mais le 1er kilomètre a été terrible. Je n’avais jamais vu de route avec une telle déclivité ! Au retour, la descente aura été tout aussi pénible.
Et effectivement, le point de vue était impressionnant. Je voyais Edelwenn comme à la verticale, 5 ou 600 mètres plus bas.

 

Une fois revenu sur la jolie plage, j’avise le bar. Je commande une bière, et hop ! je suis devenu client de l’hôtel (sourires et accès wifi !). En fait pour faire partie de la bonne société, il suffisait d’avoir soif …
J’ai bien pensé pousser le bouchon et solliciter un bain de soleil, mais je n’ai pas le temps, je dois préparer ma nav’ pour Saint-Vincent.

 

- Saint-Vincent ?
- Yeeehhh man …

 

A bientôt,

 

Thierry