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Monthly Archives: février 2016

Sao Vicente (Cap-Vert)

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Rien à faire, j’ai beau mettre le clignotant à droite, la dépression que j’espérais contourner m’empêche de faire route plus vers ouest. Elle remontera bien vers le nord, se transformera en ouragan (ce qui n’était pas arrivé dans cette zone à cette époque depuis 1955), sera prénommée Alex, et frappera durement les Açores. Derrière elle, s’annoncent plusieurs jours sans vent, je décide donc d’obliquer vers le Cap Vert. Cela ne me rallonge guère, et je n’aurai sans doute pas souvent l’occasion d’y faire escale !

 

Le 12 janvier, le jour se lève, et les contours de plusieurs îles apparaissent. Ces moments sont magiques pour le petit voyageur que je suis. Je découvre également, échoué sur le pont d’Edelwenn, mon 1er poisson-volant, alors que je n’en ai pas encore vu un seul auparavant.

 

Dans le canal séparant Sao Vicente et San Antao le vent va jouer ailleurs et me laisse terminer ma traversée au moteur.

 

A l’approche de Mindelo, on sent rapidement qu’on arrive « ailleurs ». Ici, c’est l’Afrique, et suis vraiment heureux d’aborder ce continent.

 

Accueil sympa du marinero de service, mais heureusement que des plaisanciers sont là pour me prendre les amarres. Les arrivées sur pendille (pas de catway, il faut prendre une bouée posée à 20 mètres du ponton (bien trop loin pour mon petit bateau), puis se rapprocher du ponton en marche arrière) ne sont vraiment pas faciles lorsqu’on est seul, et breton (les pendilles sont par contre fréquentes en Méditerranée) !

 

Mindelo est la base de départ de nombreux candidats à la transat, et beaucoup sont déjà là, bloqués comme moi par la météo.

Cette ville (72 000 habitants) n’existe que depuis la moitié du XIXème siècle, suite à la création par les anglais d’un dépôt de charbon permettant aux vapeurs de se ravitailler.

 

Il n’y a pas grand-chose à voir sur Sao Vicente, à part de belles plages (Je n’en ai vu qu’une, et je n’en ai même pas pris de photos … mea culpa !). L’île voisine, San Antao, mériterait le détour. Elle ne possède pas de port de plaisance, mais on peut s’y rendre facilement en ferry. Mais je suis dans « ma transat » et, flemmard, je ne bougerai pas de Mindelo …

 

Une surprise, beaucoup de Capverdiens parlent français, souvent choisi en seconde langue à l’école. Cela facilite les formalités (marina, police, immigration) ! Partout l’accueille est vraiment agréable.

 

Il y a un tel écart de niveau de vie avec l’Europe, qu’on aborde les premiers contacts avec retenue, pour ne pas faire d’impair, mais ici, un sourire vaut de l’or et les échanges sont finalement très faciles. Les Capverdiens sont d’une grande gentillesse, et les navigateurs sont vraiment bienvenus. En dehors de la ville, il faut cependant être prudent, un appareil photo, un vélo, etc, représentent de fortes tentations.

 

La chaleur confirme que je suis bien plus au sud qu’aux Canaries ! Certaines heures de l’après-midi sont un peu difficiles, et tout le monde se cloître à l’intérieur des bateaux où il fait plus « frais » (généralement, mon thermomètre affiche 32 degrés tout de même …).

 

Les rues de Mindelo gardent leur ambiance coloniale (le Cap-Vert n’est indépendant que depuis 1975). Un bâtiment est directement inspiré par la Torre de Belem de Lisbonne.
Deux marchés couverts sont à visiter, l’un pour les fruits et légumes, l’autre pour les poissons.

 

La baie de Mindelo, où cohabitent à courte distance les pêcheurs, le commerce, les voiliers, offre un paysage au charme indéniable que j’ai apprécié contempler durant cette escale inattendue.

 

Samedi 16 janvier, enfin la route vers les Antilles s’est dégagée et l’alizé semble y avoir repris ses droits.

 

Je quitte l’agréable marina de Mindelo vers 17h00. Cette fois, c’est parti pour ce voyage au travers de l’atlantique. Bien que je m’y prépare depuis mon départ de Brest (le 20 septembre, ça me paraît déjà si lointain), il y a tout de même un petit côté saut dans le vide. J’ai beau savoir que cette navigation ne présente normalement aucune difficulté, il y a un doute … en suis-je capable … ?

 

Allez, je saute tout de même …

 

Normalement, on en reparlera dans 2 semaines environ.

 

A bientôt,

 

Thierry

 

 

 

 

La Gomera

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Je quitte Santa Cruz de Tenerife le 2 janvier dans l’après-midi, pour San Sebastian de La Gomera, que j’atteindrai le lendemain matin.

Navigation de nuit, le long de la côte sud de Tenerife. Du vent portant, assez soutenu, me pousse dans la bonne direction et à bonne vitesse.

Arrivée matinale dans la petite marina de San Sebastian, capitale de La Gomera, blottie au pied d’un massif montagneux particulièrement abrupt.

 

Cette île compte peu, et de moins en moins, d’habitants (23 000). Son centre est un vaste espace naturel préservé, véritable paradis des randonneurs, riche de nombreuses plantes et espèces animales endémiques, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.

 

Au départ de San Sebastian un bus amène ses passagers aux portes du parc de Garajonay en suivant d’innombrables lacets. Cette route est belle, incroyablement vertigineuse, et nous transporte du niveau de la mer à 1000 mètres d’altitude.

 

Sur La Gomera, la forêt est en partie constituée d’espèces qui recouvraient la majeure partie de l’Europe à l’ère tertiaire (il y a plus de 3 millions d’années …). Pour autant, on n’est pas dépaysé, ce qui pourrait être en fait décevant :)

Du sommet de l’Alto de Garajonay (à près de 1500 mètres), on aperçoit les 3 îles voisines : Tenerife, La Palma, El Hierro, et un paysage vierge de toute habitation, accidenté mais accessible, un rien mystérieux mais engageant. Cela vaudrait vraiment le coup d’y revenir, d’y rester 1 semaine ou 2, d’avoir le temps de profiter du charme magnétique de cette petite île.

 

A San Sebastian la Torre del Conde, édifiée au XVème siècle, tient vaillamment sa place. A l’intérieur sont exposées des reproductions d’anciennes cartes marines … Vraiment, quand on voit l’imprécision des cartes dont bénéficiaient les (grands) navigateurs, il n’y a finalement pas si longtemps, on apprécie de naviguer à l’ère du GPS et des cartes électroniques !

 

Depuis quelques jours je regarde de près la météo en vue de la traversée vers les Antilles. Et là, ça se complique. Le vent portant au sud-ouest va faiblir, et une grosse dépression s’invite également en travers de ma route ! Je dois avec regret abréger mon séjour si je ne veux pas rester bloqué trop longtemps aux Canaries.

 

Je quitte donc La Gomera dès le 5 janvier, en espérant atteindre à temps les alizés.

Dommage. Il y avait encore plein de belles choses à découvrir sur cette magnifique île, comme El Chorro del Cedro, chute d’eau de plus de 150 mètres ! Mais également en apprendre plus sur quelque chose dont j’ignorais absolument l’existence : Le Silbo. Il s’agit d’une langue … sifflée !
Inventée par les Guanches, premiers habitants de l’île, leur permettant de communiquer d’une vallée à l’autre, elle est encore parlée par une partie de la population et enseignée dans les écoles. Sa portée est estimée à environ cinq kilomètres ! Et je crois bien en avoir entendu quelques « mots » aux abords de la marina.

Que le monde est riche !!!

 

Alors que La Gomera semble être engloutie par les nuages, elle me gratifie d’un joli clin d’œil en forme d´arc-en-ciel. Un peu plus tard, ce sont les dauphins qui me rejoignent et m’accompagnent.

 

Que rêver de mieux pour un début de longue navigation ?

 

A bientôt,

 

Thierry

 

 

Tenerife

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L’archipel des Canaries compte 2,2 millions d’habitants. Gran Canaria en comprend 850 000, Tenerife 900 000.

Santa Cruz de Tenerife et Las Palmas de Gran Canaria sont capitales de la région autonome à tour de rôle, tous les 4 ans.
Ces îles ont toujours été habitées. Essentiellement par le peuple Guanches, dont la culture était assez évoluée. Situation atypique, les Guanches vivaient dans des villes alors qu’un peuple voisin vivait, lui, de façon troglodyte.
La conquête espagnole n’a débuté qu’au début du 15ème siècle, mais depuis des décennies les chasseurs d’esclave d’Afrique du Nord effectuaient des raids sur les Canaries.
Les espagnols ont dû faire face à une résistance particulièrement farouche des guerriers autochtones qui en désespoir de cause préférèrent parfois se jeter du haut de falaises que de se soumettre. En 1495, les derniers Guanches sont finalement écrasés, et l’essentiel de leur culture disparaît en même temps qu’eux.

 

La traversée Gran Canaria – Tenerife est l’affaire d’une journée de mer.

Je quitte Las Palmas de Gran Canaria le 16 décembre, avec, exceptionnellement, un équipage ! 2 jeunes français, Thimotée et Laurine m’ont convaincu de les prendre à bord pour ce court voyage. Ils recherchent un embarquement pour les Antilles, mais ayant déjà pas mal usé les pontons de Las Palmas sans succès, ils espèrent avoir plus de chance sur Tenerife.

Navigation sympa, sauf pour Laurine, malade. Quelques dauphins nous font un brin de conduite en s’amusant à frôler l’étrave d’Edelwenn. 2 imposants globicéphales noirs passent à proximité sans nous accorder d’attention particulière. Un peu hautains les bestiaux …

Moins de vent que prévu, nous arriverons de nuit à Santa Cruz. Mais auparavant, s’impose à nous la majesté du Teide du haut de ses 3700 mètres, enrobé des splendides couleurs du couchant …

 

Arriver de nuit, c’est quelque chose que j’évite en général, mais il faut avouer que c’est beau. Il faut cependant écarquiller les yeux pour distinguer les feux des bouées qui se confondent avec les lumières de la ville. Je ne suis pas mécontent d’avoir 2 paires d’yeux supplémentaires pour surveiller les abords du port.
Accueil très sympa (24h/24 !) dans une marina très bien abritée, bien plus petite que celle, immense, de Las Palmas, et située juste en face du centre-ville, tout en en étant suffisamment écartée pour que les bruits de circulation ne soient que lointains.

 

Je suis content de retrouver de façon inattendue Luc et Isabelle, qui m’avaient gentiment invité sur leur beau voilier lors de ma longue escale à Madère.

 

Bigorneau et Brinic arrivent bientôt, je m’adonne aux joies du ménage, du nettoyage, de la lessive, …

 

Avant l’arrivée des européens, Tenerife était divisée en 9 royaumes. A Candelaria, où nous commençons notre découverte de l’île, sont alignées les majestueuses statues des 9 derniers rois Guanches.
A Candelaria se trouve également une basilique (fermée quand nous y étions, mais il paraît que l’intérieur est décevant), une statue de la vierge y aurait été trouvée, sur une plage, au XIVème siècle.

Nous poursuivons notre périple à La Orotava, ville où fût installé l’un des tout premiers jardins d’acclimatation. Les plantes découvertes dans les colonies espagnoles y faisaient un séjour « d’acclimatation » avant leur transfert dans les jardins royaux.
Nous y avons surtout vu de beaux bâtiments, de beaux balcons, une belle église, et des mannequins joliment habillés.

 

Des panneaux indicateurs insistants nous ont détourné vers Icod de Los Vinos pour, finalement, y voir … un arbre. Bon, un dragonnier, on n’en voit pas tous les jours (il n’en existe qu’à Madère, aux Canaries, au Cap-Vert), et celui-là serait le plus imposant. On l’appelle « El Drago Milenario ». Encore une arnaque du marketing … il n’a « que » 400 ans !

 

En poussant un peu plus vers le nord-ouest, nous arrivons à Garachico.
Triste histoire que celle de ce village qui durant les XVIème et XVIIème siècles était le principal port de Ténérife.
En 1706, l’éruption d’un volcan provoqua une gigantesque coulée de lave qui recouvrit les vignobles avoisinants et comblait en quelques heures le port aux 2/3, le rendant définitivement inaccessible aux bateaux de commerce !

 

Influencés par les guides touristiques, nous avons pris la direction de Los Gigantes.
Petit port situé au sud-ouest de Tenerife, Los Gigantes est littéralement envahi par les vacanciers venus y admirer les « gigantesques » falaises qui bordent cette partie de la côte. Nous avons vu, … et sommes repartis aussi rapidement que possible. Comme Gran Canaria et, dans une moindre mesure Lanzarote, la côte sud s’est spécialisée dans le tourisme « de masse ». Tant mieux pour les adeptes de la foule en permanence !
Nous avons tout de même pu apprécier le côté sportif de l’entrée du port de plaisance située quasiment au pied de la falaise et, balayée par la houle de l’atlantique … Ça ne m’a pas tenté du tout !

 

Pause baignade à Playa San Juan, dont les abords étaient peut-être un peu moins bétonnés que la plupart des autres plages …

 

San Cristobal de la Laguna a été, dès la conquête (1495 pour ceux qui auraient déjà oublié ;) ) et jusqu’en 1823, la capitale de l’île. Elle reste aujourd’hui encore la principale ville universitaire et religieuse des Canaries, hébergeant plus de 30 000 étudiants et ayant gardé son statut d’évêché. Elle est également inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.
Certaines rues sont restées intactes, bordées de grandes maisons coloniales dont on peut admirer les superbes patios.
En cette période de Noël, dans la Cathédrale comme dans toutes les églises, est installée une crèche, mais ici en plein centre, devant l’autel.

 

Santa Cruz de Tenerife, la capitale donc, est une ville très sympathique. Les nombreuses rues piétonnes du centre-ville sont animées, joyeuses même. La période des fêtes de fin d’année contribuaient probablement à cette impression, mais il m’a tout de même semblé que c’était l’ambiance générale. Quelques parcs, ainsi que le front de mer, ont été aménagés de façon très agréable. L’élégante « piscine municipale » (à 0,50 € l’entrée !), dessinée par César Manrique l’artiste de Lanzarote, et le spectaculaire auditorium, semblent démontrer la volonté de cette ville d’offrir à ses habitants une réelle qualité de vie. C’est probablement dans cet esprit que, chaque 25 décembre, l’orchestre philharmonique de Santa-Cruz donne un concert en plein-air ( !!! ), à 2 pas de la marina d’ailleurs. Entrée gratuite, chaises et gradins accueillent un nombre impressionnant de spectateurs. Carmina Burana au programme. Ce n’est pas ma tasse de thé, mais la qualité des interprètes, solistes, chœur, orchestre, m’a vraiment impressionné. Dans la foulée du concert, un magnifique feu d’artifice. Du bateau, nous étions aux 1ères loges ! Ce fût une soirée étonnante et magique.
Mais la magie de Noël avait déjà opéré sur Edelwenn dès la veille au soir, des cadeaux étant miraculeusement apparus au pied … du mât !

 

Tout ça pour vous dire que le clou du spectacle à Ténérife c’est … LE Teide.

Par sa forme, sa taille (8 km de diamètre à sa base), il en impose. Mais surtout, le paysage, sculpté sur des kilomètres à la ronde au fur et à mesure de ses éruptions (la dernière remonte à 1909), est vraiment époustouflant de beauté. La route sinueuse qui nous emmène au pied du Teide dévoile un à un des paysages différents et plus grandioses les uns que les autres. C’est de très loin depuis le début de mon voyage le site le plus étonnant.
La route s’arrête à 2350 mètres d’altitude. Un vertigineux téléphérique nous emmène à 3555 mètres. Les 160 mètres qui restent peuvent être faits à pied, mais les effets de l’altitude et le froid (5 degrés … c’est insupportable …) nous font renoncer. Ce que nous avons sous les yeux est déjà tellement magnifique. Cette excursion aura vraiment été marquante.

 

Les fêtes sont passées et je retourne à ma condition de navigateur en solo. Surtout ne pas gamberger et reprendre la route rapidement …

 

Le 2 janvier, je quitte la confortable marina de Santa Cruz pour celle de San Sebastian à La Gomera (île située à l’ouest de Tenerife), d’où je compte partir pour « ma » transat.

 

A bientôt,

 

Thierry