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Monthly Archives: décembre 2015

Gran Canaria

Par

Saperlipopette (autrement dit : Argh !), mon blog a 2 îles de retard. Il était donc plus que tant que je m’y consacrasse (et toc, un imparfait du subjonctif … c’est moche, hein ?) :)

 

J’ai quitté, avec regret, la vie paisible et douillette de Lanzarote, l’île préservée, le 10 décembre dans l’après-midi. Pas de problème pour choisir mon cap : Dès la nuit tombée, je voyais déjà les lueurs de Las Palmas, ma destination sur Gran Canaria.
Arrivé vers 10h00 le lendemain, après une nuit bien occupée à surveiller les ferries, nombreux dans ce secteur.

 

Il y a en fait 2 Gran Canaria. Celle de la côte, bétonnée, envahie de résidences de vacances, de centres commerciaux, de parcs de loisirs, d’hôtels, transformant l’accès à la mer en un véritable parcours du combattant, et qui offre le spectacle vraiment repoussant d’un tourisme formaté, où la foule se transforme en troupeau.

Et celle du centre, totalement épargnée par toutes ces horreurs.
En bord de mer c’est plage, urbanisation, consommation, concentration, foule, alors qu’à l’intérieur c’est montagne, nature, espace, isolement.

 

Las Palmas est une grande ville (380 000 habitants) sans charme du tout, dont le centre historique est quasiment insignifiant.

On y trouve « la » maison de Christophe Colomb, « la » chapelle où il s’est recueilli avant l’une ou l’autre de ses traversées, la Cathédrale (sombre et inquiétante à l’extérieur, belle à l’intérieur). C’est vite fait.
Quelques villages ont par contre conservé un cachet qui mérite qu’on s’y arrête : Arucas, Teror, … mais il est probable que j’en aie raté quelques autres.

 

Tout au sud de l’île se trouvent les dunes de Maspalomas, site remarquable par sa dimension. Je n’ai malheureusement pas réussi à faire abstraction de l’environnement touristico-commercial qui enserre horriblement ces dunes immenses. D’ailleurs, acte manqué probablement, j’ai raté pratiquement toutes les photos que j’y ai faites (il me faudrait un appareil simple, sans aucune option. Sélectionner le réglage « auto » est manifestement déjà une difficulté pour moi …). Ce site a dû être grandiose … avant l’apparition de l’Homme !

 

Sur la seule photo qui soit présentable, vous verrez au 1er plan la bien nommée Playa del Inglès (les anglais ont été les premiers touristes, et longtemps les seuls, aux Canaries, rattrapés depuis par les allemands), plage immense, qui serait belle si elle n’était recouverte de bains de soleil et de parasols loués à prix d’or, et d’une foule qui vient docilement s’y entasser.

Au 2nd plan on aperçoit les fameuses dunes.

 

Dommage pour les photos, d’autant que le secteur nudiste, traversé bien involontairement (c’est vrai !), était admirablement fréquenté … Mesdames, ça vous aurait plus. Y a des mecs qui en ont, et je ne parle pas que de coups de soleil.

 

Au centre de l’île, les sommets de Gran Canaria culminent à plus de 1900 mètres. Les vallées sont de véritables ravins tant les pentes sont abruptes.

 

Les paysages sont vraiment variés, souvent très spectaculaires, vertigineux, parfois très beaux aussi.

Sur une photo, on aperçoit un sommet au-dessus des nuages. Il s’agit du Mont Teidé. Situé sur l’île de Ténérife à 100 km de là (!), le Mont Teidé est le sommet de l’Espagne.

 

Les routes enchaînent d’innombrables lacets si rapprochés les uns des autres qu’on en a le tournis. Impossible d’être passager et de ne pas être malade ! (moi, j’étais seul et donc … au volant ;) )

 

Côté bateau, le port de Las Palmas est grand et plein comme un œuf. J’ai eu beaucoup de chance d’y trouver une place dès mon arrivée.

On y voit de tous les bateaux. De la cours des miracles au Château de Versailles.  Leur seul point commun : ils flottent.

Manifestement, beaucoup de voyageurs se sont définitivement transformés en brinic à cet endroit (il est vrai que ça doit être le port le moins cher de tout l’Atlantique), et ont décidé d’y vivre.

Pas de catways, on est donc amarré sur pendille. Pas pratique du tout pour accéder à mon bateau.

Malgré les grandes digues protégeant l’ensemble du port, la houle rentre et crée un ressac important. Un de mes taquets n’a pas du tout aimé. Moi non plus ! Essayez donc de dormir sur le dos d’un cheval de rodéo …

 

A bientôt,

 

Thierry

 

Lanzarote

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Lanzarote est vraiment une île étonnante, qui a su échapper au tourisme de masse et à ses effets dévastateurs.
Pourtant, ses paysages sont spectaculaires (incluant 26 km de plages) et son climat idéal, quoiqu’un peu frais peut-être (en hiver) pour les intégristes de la cuisson sur transat ou serviette de plage …

 

En fait, l’île a bénéficié à partir de la fin des années 60 de l’implication du peintre et sculpteur César Manrique qui, après avoir rencontré le succès, aux Etats-Unis notamment, est revenu s’installer définitivement sur son île natale.

Il déploya une formidable énergie pour sensibiliser les responsables politiques et la population à la préservation de l’environnement et du style particulier de l’habitat insulaire. Il sut convaincre, obtint le renoncement aux immeubles de plus de 2 étages, ainsi que l’interdiction des panneaux publicitaires au bord des routes.
La construction et l’aménagement de plusieurs sites lui furent confiés. Ce qu’il fît bénévolement.
Ces lieux sont vraiment marquants par leur intégration réussie dans l’environnement naturel, leur originalité, leur fonctionnalité, leur design.

 

L’histoire et la géographie de Lanzarote sont de toute évidence profondément marquées par l’éruption volcanique qui se déclencha en 1730 et se prolongea sans discontinuer jusqu’en 1736.
La lave recouvrit le 1/4 de l’île, 10 villages, … La dernière éruption eu lieu en 1824.

 

Un parc exceptionnel a été créé, Timanfaya, indemne de constructions sauf une (le restaurant El Diablo, réalisé par César Manrique). Une seule route, dédiée spécifiquement à la visite du parc et dont l’accès est contrôlé. On circule dans un univers dantesque, jusqu’à l’arrivée sur un promontoire d’où l’on bénéficie d’une vue sur … le chaos.

2 attractions font s’esbaudir le visiteur : Une botte de foin, jetée dans un trou guère plus profond d’un mètre, qui s’enflamme. De l’eau, versée dans un tuyau, qui ressort avec force façon locomotive à vapeur.

El Diablo propose des grillades … cuites au-dessus d’une (vraie) cheminée volcanique !

En fait, dans ce secteur, la croûte terrestre n’est épaisse que de 2 mètres. En dessous, la température est déjà de … 400 ° ! Il ne faut pas espérer y creuser sa cave à vin …

 

Ailleurs, plus au nord …  Lors d’une excursion, César Manrique remarqua un figuier survivant seul au milieu d’une coulée de lave figée. Il décida de construire là sa maison, autour de l’arbre opiniâtre.
Rapidement, on fit la découverte de 5 grandes bulles dans la lave, dont l’artiste décida de tirer profit.

Plus tard, César Manrique transforma cette maison en un lieu d’exposition, aujourd’hui géré par la Fondation qui porte son nom.

L’arbre inspirateur est toujours en place, on circule de bulles en bulles grâce à de mystérieux escaliers et couloirs.
Je glisse une remarque au passage : c’est donc bien quand ils se mettent en sommeil que les volcans coincent la bulle … ???

 

Le village de Teguise mérite qu’on s’y arrête. Comme partout à Lanzarote, le blanc est omniprésent. Église, demeures imposantes, modestes maisons, tout est blanc, et … étonnamment propre. On a décidément le souci du « beau » sur cette île !

 

Ailleurs encore, la côte nord-ouest de l’île est formée d’une très haute et longue falaise qui surplombe la petite sœur, l’île Graciosa. Là aussi, Manrique a laissé la marque de son talent : l’étonnant Mirador del Rio.

Pratiquement invisible de l’extérieur, il offre au visiteur un cadre agréable et confortable pour apprécier dans les meilleures conditions l’exceptionnel paysage. L’effet produit est remarquable, comme si le lieu d’où l’on regarde rendait encore plus beau ce que l’on voit !

 

Mon enthousiasme se remarque-t-il ? … ce n’est pas fini !

 

D’un lieu à un autre, la route déroule ses paysages, toujours volcaniques mais d’une grande diversité … et voici Las Cueva de los Verdes.C’est là aussi un endroit vraiment surprenante.

Le phénomène de bulles emprisonnées dans la lave a pris à cet endroit une toute autre dimension, formant un réseau de près de 8 kilomètres de galeries plus ou moins superposées, mais reliées entre elles. On en visite environ 1 kilomètre. Par rapport aux « gouffres » visités ici ou là, ce qui frappe, c’est l’atmosphère : sèche et chaude. Très agréable.

Les photos ne rendent pas très bien l’immensité de certaines galeries, ni l’exiguïté de certains boyaux de liaison (et puis les photos dans la pénombre …). C’est très impressionnant. L’une des galeries est même utilisée comme salle de concert ! l’acoustique y étant excellente, d’après le guide.

Ce dernier nous a gratifié d’une “surprise”. Conditionnés par ses recommandations, nous nous sommes approchés, précautionneusement et silencieusement, d’un gouffre. Une dame fût désignée pour y lancer la pierre qui ne manquerait pas de mettre d’interminables secondes avant de toucher le fond … Et non ! Ce que nous prenions pour un gouffre insondable n’était que le reflet de la galerie où nous étions. Nos regards plongeaient (expression bien choisie vous le remarquerez) dans les eaux d’un lac souterrain.

Beau, et bluffant (A vous de trouver la photo correspondante … ;) )

 

Et pour terminer, avec l’incontournable César Manrique bien sûr, un autre site  : Jameos del Agua.
Proches de la mer, d’énormes cavités, toujours dans les profondeurs de la lave, surnommées parfois les galeries de l’Atlandide …
On descend dans la plus profonde, par un long escalier. Dans un espace impressionnant, une salle de restaurant (et toujours cette température et cette atmosphère très agréables). Puis, on remonte, de terrasses en terrasses, tout en restant sous la surface. Chaque terrasse est un petit univers : salon de thé, bar, plan d’eau (qui, au passage, héberge une espèce endémique de petits crabes aveugles), café-concert, puis, à ciel ouvert, piscine. Magique.
Dans le prolongement de cet succession de paliers, une immense cavité est transformée en une salle de concert de 600 places dont l’acoustique, paraît-il, est elle aussi exceptionnelle. Tentant, non ? ;)

 

Je reste quelques jours pour profiter du calme de Lanzarote, avant de prendre la direction de Gran Canaria. Mon voisin de ponton, allemand retraité passant 4 ou 5 mois par an aux Canaries tout seul sur son bateau, m’a prévenu : À Gran Canaria il y a sur la côte ce qu’il se fait de pire en matière de tourisme pas cher … du béton, du béton, …
Par contre, à l’intérieur de l’île, la montagne est à voir !

 

Je vous raconterai ça !

 

A bientôt,

 

Thierry

 

PS : Le nom de Lanzarote viendrait d’un marin génois du XIVème siècle, dont le prénom était … Lancelot !

 

 

 

 

La Graciosa

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D’après le Guide Imray (guide de navigation), les habitants de La Graciosa auraient coutume de dire : « Quand vous débarquez, vous pouvez enlever vos chaussures et oublier le reste du monde ».

 

Les îliens de Bretagne et d’ailleurs pourraient sans doute dire la même chose tant il est vrai que chaque île est un monde à elle toute seule, avec son atmosphère, sa pulsation.

 

A La Graciosa, le truc, c’est donc de se libérer les pieds d’abord, la tête ensuite. Et le reste ? Ah non, ça va comme ça ! Bon, bon.

 

Pour les pieds, j’opte donc pour la balade à vélo, ayant retenu que La Graciosa est décrite comme étant plate (ce qui, à l’expérience s’avèrera relatif …).

Pour la tête, côté son, seuls le vent et la mer ont voix au chapitre. Pas un chant d’oiseau ! Même les mouettes, présentes, se font discrètes.
Côté image, les paysages sont volcaniques, désertiques, marins. Le balai des nuages modifie constamment la luminosité, les ombres et les couleurs.

 

C’est vrai, on pourrait bien en « oublier le monde » …

 

Particularité rare pour une île habitée, les routes ne sont pas goudronnées ! On alterne donc entre des passages où la « route » est recouverte de 20 cm de sable, et d’autres où le sol est bien dur, mais dans une version tôle ondulée !
Bonjour les bras, épaules, et … autres fessiers (on connaît le confort de la selle d’un vélo de location …), mais … pas de grincement au niveau de ma côte ! Ça, ça fait plaisir :)

 

Finalement, une superbe balade. Les photos vous en convaincront j’espère.

 

Lundi 30, je reprends ma navigation vers le sud, et en l’occurrence vers le sud d’une île bien plus grande, Lanzarote.
35 nautiques parcourus sous 18 à 25 noeuds d’un vent qui est passé progressivement de nord-est à est. J’ai donc commencé au « grand-largue » (125° du lit du vent) pour terminer les 5 derniers miles (au moteur) vent dans le nez.
Mer assez serrée, avec une houle de nord-ouest donc face au vent. Ça moutonnait beaucoup ! Finalement, les vagues créées par le vent ont pris le dessus. Du coup Edelwenn et moi avons repris nos séances de thalassothérapie déjà bien entamées lors de la traversée Madère – La Graciosa.

 

Avec le vent, le soleil, et la température (hé oui, on dirait le sud …) ça sèche très vite, et à l’arrivée, Edelwenn était recouvert d’une impressionnante croûte de sel !

 

Je prends mes quartiers dans la Marina Rubicon située au cœur d’un ensemble immobilier pour vacanciers, neuf et/ou très bien entretenu.

 

L’accueil et très « pro » et sympa.

 

La suite au prochain épisode :)

 

A bientôt,

 

Thierry

 

 

 

Obligado Madeira ! Hola La Graciosa !

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Jeudi 26 novembre. Cela fait 3 semaines que je me suis lamentablement cassé la figure et fracturé cette foutue côte. 2 jours avant, les problèmes avaient commencé avec une panne de moteur …

Il me semble que maintenant “ça peut le faire”, je n’ai plus mal pour les gestes du quotidien, le moteur tourne rond, la météo est favorable. Elle le sera moins dans les jours qui viennent.

 

Je n’ai plus le temps de retourner à Porto-Santo que j’aurais bien aimé visiter, ni de faire le détour par les îles Selvagem (Je garderai l’autorisation de mouillage en souvenir d’une occasion manquée …). Je “dois” aller directement aux Canaries.

 

Je décide donc de me lancer. Non sans appréhension. C’est comme si je n’avais pas navigué depuis une éternité et que je n’étais pas certain de pouvoir le faire. Décidément, Madère ne veut pas me laisser partir …

D’ailleurs … 5 minutes après avoir quitté la Marina de Quinta do Lorde, j’envoie la grand-voile. C’est le premier test “physique”.

Tout semble bien se passer quand, à mi-mât, ça coince ! Pas la côte, la drisse.  Je me vois déjà revenant au port sous les yeux incrédules du personnel de la Marina. Dieu sait s’ils ont été d’une grande gentillesse et aux petits soins pour moi pendant mon séjour forcé. Là je crains que la compassion ne fasse place à la pitié …

Bon, ce n’était qu’un petit méli-mélo entre la drisse et la balancine. 10 minutes plus tard, Edelwenn déploie enfin ses ailes et ça nous fait du bien à tous les 2.

Enfin, surtout à moi : Les états d’âme sont restés à Madère :)

 

À à peine 15 nautiques de Madère se trouvent les îles Desertas, que je longe par l’est pendant que le soleil se couche déjà de l’autre côté.

Le vent prévu est bien là, et dans la direction souhaitée. Par contre la mer, croisée (2 trains de vagues arrivent de directions différentes), est désagréable. Edelwenn se dégourdit les pattes et j’ai un peu l’impression d’être dans un shaker !

Je réduis donc la voilure afin de pouvoir me reposer un peu. Je règle mon réveil pour qu’il sonne toutes les 1/2 heure d’abord puis une fois éloigné du trafic autour de Madère (mais on est loin de la fréquentation du rond-point de Penn-ar-C’hleuz aux heures de pointe !) tous les 3/4 d’heure. À ce rythme, chaque minute de sommeil compte, et là, entre le bruit et les mouvements irréguliers du bateau, je ne fermais pas l’oeil du tout.

J’ai croisé 2 cargos, mais d’assez loin (l’AIS est un outil merveilleux !), et vu les profondeurs du coin (plus de 4000 mètres), je ne risque pas de rencontrer de pêcheurs non-équipés de ce précieux système.

 

La journée du vendredi se déroule au même rythme, rapide, mais la mer se “range” petit à petit, rendant la navigation de plus en plus agréable.

Dans l’ensemble le temps est gris. J’ai même réussi à contourner 2 ou 3 nuages incontinents ! La température est agréable.

La mer est bien rangée, perpendiculaire à notre route, et plus forte. Quelques vagues intrépides, et parfois agressives, jouent à saute-mouton avec Edelwenn. Le cockpit baigne parfois dans 5 à 10 cm d’eau. Je le sais, j’y barbotais, fou de joie …

La plus désagréable c’est la première. Après on ne se pose plus de questions, on ne sèchera qu’après être arrivé !

 

En début de nuit, la vent fraîchît un peu. La vitesse devient vraiment sympa, mais je ne veux pas arriver de nuit. Je réduis donc la voilure plusieurs fois pour ralentir mon fringant destrier.

La navigation est alors très confortable, le ciel est maintenant dégagé. La lune, pleine, se lève … quel spectacle ! On y voit comme en plein jour, les étoiles en plus. La mer est fantastiquement belle sous cette éclairage.

Néanmoins, quelques paquets d’eau salée plus tard, je me résouds à dormir un peu car les Canaries approchent.

En fait je me retrouve assez vite sur la route des cargos qui vont aux Canaries, où en viennent. Du coup mon temps de sommeil se réduit un peu. Et puis … le jour se lève. Et devant moi surgissent les îles “du nord” : Alegranza, Montaña Clara, La Graciosa, Lanzarote.

 

8h30. Ancre mouillée (elle aussi donc !), devant la Plaia Francesa (clin d’œil à qui vous savez ;) ), j´ai faim et sommeil. Donc pas d’hésitation, une bonne assiette de pâtes, et hop, à la bannette.

 

Je mettrai pied à terre plus tard. Le paysage est prometteur !