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Les Açores

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Flores … Ah, Flores … quel endroit merveilleux pour atterrir après une longue traversée !   La marina de Lajes est certes petite, sans doute un peu trop pour le nombre de voiliers qui viennent y faire escale, mais ce côté « marina de poche » la rend tellement sympathique !

 

Un bar-restaurant surplombe la marina. Et quoi de mieux que de boire une bière tout en surveillant son bateau. On a ainsi l’impression de joindre l’utile (tu parles) à l’agréable (là, d’accord) … En outre, nous pouvons y regarder les 1ers matchs de l’Euro. Encore plus fort, tout à côté, une douarneniste fait des crêpes ! Cure absolument nécessaire avant le retour en Bretagne !

 

Les Alegria (Guillaume et Amélie), jeunes Brestois de retour comme moi d’une année de voyage et les Galopin (Sébastien et Audrey), presqu’aussi jeunes Lorientais, de retour eux de 2 ans d’un plus grand voyage, me prennent littéralement sous leur aile pour les apéros et les soirées à leur bord. Nous décidons de visiter Flores ensemble. C’est sympa après tous ces mois de découvertes en solitaire.

 

L’île n’est pas bien grande mais elle est merveilleusement belle. Falaises vertigineuses, lacs cachés au coeur des volcans, des cascades qui semblent tomber du ciel, et … des kilomètres d’hortensias bleus ! Flores est un piège dont on a du mal à se sortir tellement on s’y sent bien !

 

Par ailleurs, Guillaume m’a trouvé la panne, bénigne finalement, du pilote automatique. C’est réparé !

 

Après Galopin, puis Alegria, je quitte Flores à mon tour, le 30 juin, pour l’île de Faial et le mythique port d’Horta, sans doute le principal point de passage commun aux plaisanciers qui naviguent autour de l’Atlantique.

130 nautiques. Je pars donc l’après-midi de Lajes pour atteindre Horta le lendemain matin. Vent de travers, 15 noeuds, mer très calme, … que du bonheur !

 

A l’entrée du canal entre Faial et Pico, le vent fraîchit brusquement et la mer devient plus agressive. Pas grave, je suis arrivé. 1er juillet, c’est la Saint-Thierry … quel timing !

 

J’appelle la marina à la VHF, puis par téléphone, … pas de réponse. Du coup je tourne 3 ou 4 fois devant le quai d’accueil pensant que ma présence attirera l’attention. Non.

Je demande à un type que je vois sur son bateau, un Français, si je peux me mettre à couple, il dit de voir ça avec la marina et me tourne le dos …

Je me rapproche d’un autre voilier, allemand. Le propriétaire, pourtant pas très alerte, se précipite pour me prendre les amarres, et une personne d’un autre bateau accourt pour nous aider. Il y a du vent, c’est utile !

C’est la 1ère fois que je suis confronté à l’individualisme d’un autre navigateur. Les traditions maritimes tiennent pourtant le coup et induisent généralement des comportements courtois et des réflexes d’entraide. Bon, il y a des cons partout, et certains sont peut-être trop hermétiques à ces valeurs, mais heureusement, peu naviguent ! Dommage qu’ils soient parfois Français . Je n’ai pas voulu vérifier, dès fois qu’en plus l’indélicat soit breton …

 

Je reste une nuit à couple de mon accueillant Allemand, qui, lui, partira pour la Méditerranée, puis je déménage sur le quai principal ou sont regroupés la plupart des bateaux de voyage. Je me retrouve encore voisin d’un autre solitaire (décidément !) Hollandais en provenance d’Afrique du Sud en passant par Ste-Hélène. Sacrée navigation !

 

Axelle et Yaël arrivent le 5 juillet, théoriquement à Horta. Mais comme Faial est sous le brouillard, l’avion atterrit sur Pico. Autocar jusqu’au port de Madelena, puis ferry pour rejoindre Horta ! Si j’avais pu, j’aurais été les chercher à l’embarcadère à cheval !

Et c’est parti pour de longues vacances ensemble, enfin !

 

Notre 1ère escapade sera pour la pointe de Capelinhos, le 8, au lendemain d’une mémorable victoire contre les Allemands (les Portugais étaient franchement pour la France … allez savoir pourquoi ?)

 

C’est l’histoire d’un phare qui n’a pas eu de chance. Mis en activité en 1903, tout lui annonçait une belle et longue carrière de guide pour les marins. Mais un jour …

Le 27 septembre 1957, un chasseur de baleines signala des remous à 800 mètres de la côte. 2 ans plus tard, la surface de l’île avait augmenté de 2,5 km2, une montagne haute de 500 mètres avait poussé devant le phare, et près de la moitié de la population de Faial avait décidé d’émigrer !

Aujourd’hui, le paysage laissé par cette irruption est absolument grandiose, mais la population vit avec la forte probabilité de connaître d’autres séismes à tout moment.

 

Le 10, le Portugal gagne l’Euro de football, concert de klaxon jusque tard dans la nuit. Ils sont tellement surpris et heureux, que nous sommes presque contents aussi !

 

Le 11, nous embarquons sur un puissant Zodiac pour aller à la rencontre des cachalots, au sud de Pico. Coup de chance, nous apercevons également 2 baleines communes, puis des globicéphales, puis plein de dauphins. Quel spectacle ! (les photos ne sont pas à la hauteur)

 

Le temps n’est pas terrible et nous partons le 13, dans le brouillard, pour l’île de Saõ Jorge, à 20 milles seulement. Nous croisons la route d’une douzaine de tortues et apercevons encore quelques globicéphales.

 

La marina de Velas est à peine plus grande que celle de Flores. Jose, le responsable, est un véritable phénomène de gentillesse. Que ne ferait-il pas pour rendre agréable le séjour des plaisanciers ???

 

Les paysages de Saõ Jorge ressemblent assez à ceux de Flores, mais que cette île est longue !

55 km (pour 7 de large seulement !). J’ai vraiment perdu l’habitude de faire autant de km en voiture.

 

Une longue randonnée, tout en descente, nous amène du centre de l’île jusqu’à Fajã da Caldeira de Santo Cristo, puis Fajã dos Cubres. Nous partons dans le brouillard, encore, mais heureusement la côte est plus dégagée et rapidement nous profitons des magnifiques paysages.

Les Fajãs sont des terrasses naturelles, très basses et situées en bord de mer. Elles bénéficient d’un sol très fertile et d’un micro climat permettant des cultures très variées.

 

Le temps n’est finalement guère meilleur qu’il ne l’était à Horta et nous avons même une journée de pluie. « Notre » Jose est absolument navré et m’assure qu’il n’a jamais vu un mois de juillet aussi humide de sa vie. Pour un peu il se sentirait presque responsable du mauvais temps …

 

Le 16, nous assistons néanmoins à un laché de taureau. La bête est plus ou moins retenue au moyen d’une une corde par 4 ou 5 bonshommes dont le rôle semble surtout d’éviter qu’elle ne s’enfuie dans la nature. la principale qualité des courageux qui viennent au devant du taureau est principalement d’avoir un bon démarrage pour aller vite se mettre à l’abri …

 

Le 18, nous profitons d’un meilleur temps pour revenir sur Faial, toujours au moteur. Ah, anticyclone des Açores, quand tu nous tiens … !

 

A Faial, le temps s’améliore et nous pouvons nous lancer dans la découverte de la Caldeira, immense cratère de 2 km de diamètre et profond de 400. Un chemin de crête en fait le tour complet ce qui nous permet d’admirer tout autant les paysages intérieurs qu’extérieurs au volcan.

 

Nous avons retrouvé avec plaisir à Horta les Alegria et les Galopin, et fait la connaissance des The Love Boat, Sébastien et Sarah, Lorientais aussi. Les Bretons se regroupent sérieusement ! Du coup, nous partageons avec eux quelques barbecues. Joyeuse ambiance garantie !

 

Le 21, nous prenons le ferry pour passer la journée sur Pico.

Nous découvrons les anciens vignobles formés de minuscules parcelles entourées de murets en pierre de lave destinés à protéger la vigne du vent.

Nous visitons Gruta das Torres, l’une des plus grandes grottes laviques d’Europe (plus de 5 km de long).  Impressionnant.

Puis nous traversons une grande partie de l’île, en contournant l’incontournable Pico …

 

On ne peut pas parler d’Horta et ne pas évoquer le Bar Peter Sport, qui est depuis plus de 100 ans le rendez-vous des marins de passage à Horta. Aujourd’hui, c’est sans doute devenu plus un lieu touristique, sympathique au demeurant, qu’un véritable repère de loups de mer, mais nous avons sacrifié à la tradition comme il se doit en y buvant quelques bières. Ceci-dit, au passage, ce serait très prétentieux de se croire “loups de mer” !

Avec Guillaume, j’ai assisté à une scène assez improbable : un véritable cowboy passablement « ému » est arrivé avec 2 chevaux , monté sur l’un d’eux, et nous avons bien cru qu’il allait rentrer dans le bar avec eux ! La police est rapidement arrivée, et après une discussion qui nous a semblé bon enfant, le cavalier s’en est allé tranquillement, probablement vers un autre saloon …

 

Entre temps, les vacances d’Axelle sont arrivées à leur terme, déjà. Je me retrouve à nouveau solitaire, mais pour la dernière fois cette fois-ci. L’idée que ce formidable voyage touche à sa fin se fait de plus en plus présente.

Mais avant de partir Axelle a peint la “trace” éphémère du passage d’Edelwenn à Horta, sur une idée de départ de Yaël au milieu de centaines d’autres. Tradition oblige !

Alegria et Galopin s’y sont pliés également. J’ai raté la photo du dessin du Love Boat, désolé.

 

Les Galopin quittent Faial le 23, pour leur dernière étape jusqu’à Lorient. Les Love Boat partent pour Terceira, puis les Alegria pour Pico.

Je suis coincé à cause d’un problème d’alternateur que je préfère régler avant de m’en aller à mon tour.

 

Le 28 tout est opérationnel sur Edelwenn, et je pars vers 15h afin d’arriver le lendemain matin à Angra do Heroismo sur Terceira. Ce sera la dernière île de mon périple. La 45ème !!!

 

Angra do Heroismo est très belle ville, classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco. La marina dépare un peu dans le décor, mais quand y est, on bénéficie d’un panorama très agréable sur la partie historique de la ville.

 

Les Alegria sont arrivés avant moi à Terceira, mais sont à la marina de Praia, à 12 nautiques d’Angra. Nous décidons tout de même de faire voiture commune pour visiter l’île.

 

Le 31, nous parcourons l’île et visitons, sous un ciel très incertain, 3 sites volcaniques : Furnas do Enxofre, un champ de fumerolles, Grotte de Natal, un tunnel lavique comme celui de Pico, long de 600 mètres, et surtout Algar do Carvao, une impressionnante cheminée volcanique de 90 mètres de profondeur.

Le temps s’éclaircissant, nous grimpons, en voiture, jusqu’en haut du Serra de Santa Barbara, qui culmine à 1023 mètres. …

Après quelques échanges sur la météo, très variable entre les Açores et la Bretagne, je laisse Guillaume et Amélie à leurs préparatifs. Ils quittent Terceira le 3 août, avec pour objectif d’être à Brest le 14 août.

 

Ce coup-ci, je sens que l’heure du départ n’est pas loin de sonner pour moi également …

Avec les autres équipages, nous en avons souvent parlé de ce retour, balançant entre un début de nostalgie pour un mode de vie où le maître mot est “liberté”, et la hâte de retrouver famille et amis.

 

La France a beaucoup souffert pendant ces 11 mois passés au large … On se sent un peu coupable de ne pas avoir été là pour vivre en communauté ces terribles évènements (Bataclan, Nice, St-Etienne-du-Rouvrey, …). Comment aussi ne pas se sentir privilégié d’être à distance d’une telle violence abjecte ?

 

Voilà pour l’état d’esprit, avant de vivre cette dernière traversée. 10 jours théoriquement, donc pas la plus longue, mais peut-être la plus compliquée au niveau météo, entre les accélérations du vent au niveau du Cap Finistere au sud, les calmes qui s’annoncent sur la route directe, et les dépressions qui rôdent, assez loin tout de même, au nord. Trouver un chemin convenable ne va pas être simple.

 

Je prends donc un peu de marge en quittant Angra do Heroismo le mardi 9 juillet. Si tout va bien, rendez-vous à ceux qui pourront le 20 au Moulin Blanc !

 

À bientôt,

 

Thierry

Cap sur les Açores

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31 mai, 10h30 heure locale, je quitte la baie de Marigot à Saint-Martin, pour l’île de Flores aux Açores.

Un peu plus de 2100 milles à faire. À peu près la même distance qu’entre Mindelo (Cap-Vert) et Le Marin (Martinique).
Au-delà du petit trac habituel avant chaque départ, je n’ai pas d’appréhension particulière. Edelwenn est apparemment en bon état, mon équipement me permet d’avoir la météo presqu’aussi souvent que je le souhaite, il n’y a donc pas de gros pépins à craindre.

 

Voici, à peine corrigé, mon journal de bord pour cette traversée.

 

31/05 :
Vent 20 nds. Au près. Mer courte, creusée.
Je tire un bord pour parer la pointe nord-est d’Anguilla.

 

1/06 :
124 milles en 21h30.
Vent 18-20 nds. Près bon-plein. Mer toujours creuse.
Léger mal de mer.

2/06 :
149 milles en 24h.
Mer plus arrondie. Le mal de mer s’estompe.

 

3/06 :
159 m.
Mer confortable. Vent 14-17 nds mollissant en fin de journée.

 

4/06 :
116 m.
Plus de vent en fin de nuit. Le moteur ne démarre pas.
Mer plate. Vent revenu à 7-8 nds. Vitesse 2 nds …
En fin de journée le moteur démarre, en alimentant le démarreur directement sur la batterie.
A 23h je l’arrête, pour pouvoir dormir.

 

5/06 :
101 m. 650 depuis St-Martin. 5,5 nds de moyenne.
5h au moteur puis le vent revient un peu.
Après 2 jours assez « frais », il fait chaud à nouveau.

 

6/06 :
Un grain ce matin. Le déluge pendant ¼ d’heure. Puis retour du soleil.
Je suis dans la cabine (tant mieux) quand une grosse vague vient frapper Edelwenn par le travers. Beaucoup d’eau partout. Le cockpit, lui, se vide immédiatement. Et … plus de pilote !
Je n’avais jamais pris le temps de bien tester mon régulateur d’allure, ça risque d’être le cas cette fois-ci !
Par rapport au pilote, le régulateur ne supporte pas autant de toile, ce qui m’oblige à ralentir un peu.
Le moral est bon malgré tout ! Tant que je ne suis pas obligé de barrer …

 

7/06 :
94 m.

Vent 6 à 8 noeuds. A la voile j’avance à 2,2 nds.

Je mets le moteur quelques heures, histoire d’avancer un peu, voiles affalées.
Pas trouvé le pourquoi de la panne du pilote.

5 cargos croisés. Au nord, ceux qui vont à l’ouest, au sud, ceux qui vont à l’est. Je dois être sur la bonne route !

 

 

8/06 :
Moins de 90 m.
Le vent revient ce matin, 15 nds.
GV 1 ris. Génois 50% en ciseau. Le régulateur se débrouille.
Empannage probable demain.
Le Duogen (hydro-générateur) a ramassé un paquet de bouts. 4 ou 5 kg.
Beaucoup de mal pour le dégager. Pas de dégâts.

 

9/06 :
126 m. C’est mieux !
Mer formée, ça bouge beaucoup à bord.
Je suis à la moitié du parcours. Encore 9 ou 10 jours sans doute.

 

10/06 : (écriture quasi-illisible tellement ça secoue)
121 m.
Nuit pénible. Grosse mer. Empannage non désiré. Peu dormi.
Ce matin, plus de vent. Revenu brutalement en fin de matinée.
Il pleut beaucoup. Tout est mouillé à l’intérieur.
Manille d’amure ouverte (Je l’avais pourtant vérifiée …) Remplacée.

 

11/06 :
111 m.
Bien dormi en début de nuit. Puis le vent a fraîchi jusqu’à 30 nds établis.
J’ai dû barrer un certain temps.
Le vent a faibli en fin de matinée. La mer est moins creuse, presque confortable.

 

12/06 :
86 m.
En début de nuit j’ai transvasé 2 x 20 litres de gazole dans le réservoir. Il ne me reste plus qu’1 jerrican de 20 litres que je garderai en secours.
Vers 23h, voiles affalées, je lance le moteur au ralenti, puis je dors … 6h ! Avec le bruit du moteur je n’entends pas mon réveil.
Sans vent, le régulateur fait n’importe quoi. J’arrête le moteur.
Grosse dérive vers le nord.
Je trouve le moyen d’assujettir le régulateur à un petit pilote automatique (à la place de l’aérien).
Ça fonctionne parfaitement.
Ça me console de ne pas avoir installé les fixations qui m’auraient permis d’utiliser le pilote de secours sur la barre …

 

13/06 :
73 m.
Bientôt plus de gazole (sauf la réserve de secours). Arrêt du moteur.
Voiles toujours affalées. Edelwenn dérive très lentement … vers le sud cette fois.
L’océan est incroyablement lisse. Juste une très faible et longue houle de fond.
En fin d’après-midi, le vent est de retour. 7 à 9 nds, mais mer presque toujours aussi lisse.
On avance à 3-4 nds.

 

14/06 :
Nuit très tranquille. Vent 9-10 nds. Mer toujours plate, ça glisse tout seul.
Ça fraîchit doucement jusqu’à 15 nds.
A 17h, ça retombe à 8-9 nds. On se traîne à 3 nds.
Des dauphins viennent nous voir, mais à cette vitesse ça ne les amuse pas longtemps …

 

15/06 :
117 m.
Nuit calme. Vent 7-8 nds.
Vers 9h, le vent « monte » à 15 nds. Je remets l’aérien du régulateur.

 

16/06 :
143 m. Les affaires reprennent !
En fin journée, Edelwenn court autour des 8 nds.

 

17/06 :
161 m.
Vent à 22 nds dans la nuit, puis 18 au matin.
Edelwenn avale les milles ! Le matériel doit souffrir …

 

18/06 :
174 m. Record d’Edelwenn.
Arrivée à 18h. Peu de places dans la marina.
Le 1er bateau que je vois est brestois ! Guillaume et Amélie m’aident à m’amarrer.

 

 

Avec le recul, je peux un peu développer cette arrivée :

 

Il fait beau. Malgré moi, dès le milieu de l’après-midi, je commence à souvent regarder devant … Je ne vois qu’un nuage, le seul sur tout l’horizon, et il me faut du temps pour réaliser que Flores est … dessous, ou plutôt, dedans !

 

J’ai la surprise de croiser un voilier faisant route à l’ouest. Surprenant à cet endroit.

 

Approche lugubre. Brouillard, froid, humidité, il fait sombre, plus de vent. Puis beaucoup de vent … dans l’autre sens. N’importe quoi.

 

Arrivée vers 18h, plus tôt qu’espéré ce matin.

 

Peu de place dans la marina, mais le mouillage n’a pas l’air confortable, je VEUX rentrer !

 

Le 1er voilier que je vois est immatriculé à … Bres’même ! Apparaît un jeune couple.

Salutations rapides, et, dans ma hâte d’en finir, je leur demande où je dois me mettre, comme s’ils étaient responsables de la marina !!! Je saurai plus tard qu’ils ne sont arrivés que depuis quelques heures …
Sans se formaliser, mais prudemment, Guillaume et Amélie m’aident à me mettre à couple … d’un autre voilier, hollandais.
Ils m’informent que dans 1 heure, il y a un pique-nique sur la plage.
Tant pis, je n’ai évidemment rien à griller à bord.
« On a 3 steacks, on en prend un pour toi ! »

 

Ça paraît rien comme ça, mais je ne pouvais imaginer meilleur accueil !

 

 

Quel bilan de ces 18 jours de mer ?

 

D’abord, que 18 jours, c’est bien compte tenu du peu (ou pas du tout) de vent que j’ai eu certains jours.

 

Ensuite, que je les ai bien mieux vécus que les 15 du voyage-aller, où il m’avait semblé que j’allais rester en mer une éternité. Je comptais vraiment les jours.

Cette fois-ci, bien que certaines journées aient été physiquement bien plus pénibles et que d’autres auraient pu me paraître interminables, la durée du voyage ne m’a pas posé de problème. Cela aurait pu facilement, je crois, durer 5 ou 10 jours de plus.

Comme pour d’autres traversées, même bien plus courtes, au cours des 4-5 dernières heures apparaît une impatience qu’on ne peut pas vraiment maîtriser et qui ne cesse de croître jusqu’à l’arrivée.

Sinon, je me sentais vraiment bien sur mon bateau. L’expérience, probablement.

 

Par contre, je me suis aperçu de ma fatigue dans les jours qui ont suivi.

 

Manque de sommeil ? Je m’astreins à me lever toutes les 2 heures systématiquement, jour et nuit. C’est finalement peut-être excessif.

 

Mauvaise alimentation ? Certainement. Je mange peu, c’est bon pour la ligne, mais pas pour l’énergie !

 

J’avais été surpris, sur la transat Cap-Vert – Martinique, par la présence importante d’algues (des sargasses) tout au long du parcours. Entre St-Martin et Flores, pas d’algues, mais beaucoup de méduses, des physalies (ou Galères Portugaises), dangereuses (même mortes !). Mais le plus désolant aura été le nombre d’objets flottants que j’ai vus, notamment plusieurs bouées (certaines assez grosses, probablement métalliques !). A cette lattitude, l’océan est sale. Désolant.

 

Finalement, mon régulateur d’allure (Windpilot) s’est révélé être un compagnon fidèle, silencieux, et efficace. Une vraie révélation pour moi !

 

J’ai maintenant devant moi 1 mois 1/2 pour visiter quelques îles des Açores, dont presque 3 semaines avec Bigorneau et Brinic.

 

Chic, le voyage continue !!!

 

À bientôt,

 

Thierry

 

 

 

Saint-Martin et Anguilla

Par

Arrivé dans la soirée du 15 mai dans la Baie de Marigot, à St-Martin, j’ai un peu de temps pour ranger et organiser le bateau avant l’arrivée de Tristan-Gael et Liza.
Ils atterrissent le 19, et dès le 20, après avoir jeté un œil de près au Fort-Louis, dont la construction à commencé en 1789, nous larguons les amarres pour la Baie de Grand-Case, à 4 milles plus au nord. Une heure de nav seulement, histoire de reprendre contact avec l’élément marin pour mon jeune équipage, un peu assommé par la chaleur qui lui est tombé dessus dès la sortie de l’aéroport. Le contraste avec la Bretagne est assez brutal !
En faisant le trajet Bretagne – Madère – Canaries – Cap-Vert – Martinique, en plus de 4 mois, j’ai pu m’acclimater tranquillement, et, à quelques journées près, je n’ai pas vraiment souffert de la chaleur. Et même, j’y ai pris goût ! Mais prendre 15 à 20° en quelques heures, ce n’est pas la même histoire.

 

Grand-Case, c’est une bien jolie baie, et un village coquet. Un peu dans le style des Anses d’Arlet en Martinique.
Le lendemain, nous nous rendons sur Edelwenn jusqu’à la Roche Créole, à l’extrémité nord de la baie, pour un 1er « snorkeling ».
Alors que Tristan-Gael préfère rester tranquillement à bord, je vais prendre un verre avec Liza. Nous admirons un de ces magnifiques couchers de soleil dont les Antilles ont le secret, et sommes surpris de voir le fameux « rayon vert » ! C’est un phénomène optique (une histoire de réfraction atmosphérique …). Cela fait des mois que je le guette, ce rayon vert, sans succès, il était temps !!!
Le 22, nous quittons St-Martin pour l’île d’Anguilla, toute proche au nord-ouest. Mais puisque nous nous rendons sur la côte nord d’Anguilla, nous avons 15 nautiques à parcourir. Anguilla est un plateau peu élevé, tout en longueur (d’où son nom), bordé de falaises aux couleurs étonnantes.
Nous nous arrêterons à Road Bay, qui sera notre base pour visiter les environs.
Vent arrière tranquille, mais la houle joue des tours à Tristan-Gael, obligé de s’allonger pour endiguer le mal de mer. Liza est particulièrement à l’aise une fois trouvé un coin d’ombre relativement confortable, sous un panneau … solaire !
Pas beaucoup de monde à Road Bay, mais la hauteur des fonds nous oblige à rester relativement loin de la plage, qui est vraiment magnifique.

 

Historiquement, Anguilla était rattachée par l’administration britannique à la Fédération de St-Kitts et Nevis, qui pourtant ignorait ouvertement cette île trop éloignée.

Du coup, en 1967, les Anguillais chassent la police de St-Kitts, et déclarent unilatéralement leur indépendance suite à un référendum où seules 5 voix se sont exprimées contre l’indépendance.

Les Britanniques envoyèrent un négociateur … qui fût expulsé le jour-même ! Le gouvernement envoya alors, sans rire, les paras, la Royal Navy, la Royal Air Force, et la Police. Rien que ça !!! Anguilla comprenait 6700 habitants à l’époque …

La presse britannique n’apprécie pas, et titre sur la “Baie des cochonnets”, la “Guerre dans une tasse de thé” … Un député félicite le 1er Ministre d’avoir enfin trouvé un adversaire à sa hauteur …

Ce n’est pourtant qu’en 1980 qu’Anguilla obtint définitivement le statut de Territoire Autonome rattaché à la Couronne.

Anguilla compte aujourd’hui plus de 15 000 habitants.

 

 

 

En effectuant les formalités d’entrée, je m’aperçois que je n’ai pas assez de dollars US pour payer l’exorbitante taxe (la plus élevée de tout mon voyage je crois, la proximité de St-Martin expliquant peut-être cela). Je pensais pouvoir écluser mes derniers EC dollars, mais manifestement, le guide de navigation aux Antilles n’est pas à jour sur ce point.
Pas de distributeur dans le minuscule village de Sandy Ground, il faut que je me rende à The Valley, la capitale. Je préviens les enfants, et comme je n’ai pas envie de payer un taxi pour ça, je me mets en route à pied, pour 12 km aller-retour …
J’en ai à peine fait un, que la 1ère voiture qui passe s’arrête. Le conducteur, assez âgé, me propose gentiment de m’emmener ! Je pense que mon « glaouche » s’est bien amélioré pour les petites conversations courantes, mais là, je ne comprends rien, et je ne suis pas compris non plus ! Heureusement, Tristan-Gael et Liza qui sont eux très à l’aise dans la langue de Rodney et Nelson (et accessoirement Shakespeare) me confirmeront plus tard que l’accent local n’est pas évident.
Bon, au bout de 2 km à 30 à l’heure (il fallait bien ça), mon chauffeur comprend ce que je cherche et je comprends à mon tour qu’il va m’y emmener. Vraiment sympa, il me dépose devant un distributeur situé … au milieu de nulle-part. Pas de problème, comme de toute façon il n’y a quasiment qu’une route sur l’île, je ne risque pas de me perdre. Une fois devant « the Automatic Teller Machine », ATM de son petit nom, je vois sur l’écran : « Temporarily out of service ».
L’affaire se complique donc, d’autant que je me demande s’il y en a un autre sur l’île …
Une voiture s’approche. Un jeune homme en descend avec le même espoir que moi. « It doesn’t work », dis-je (c’est vous dire les progrès …). Non seulement il me comprend, mais il me propose de me conduire à un autre distributeur ! Super sympa, décidément. Dans l’auto, le monsieur, son épouse, et leur petit garçon, 4 ou 5 ans, avec qui j’engage une conversation sur le foot. Finalement, en anglais, je dois avoir ce niveau-là … 4 ou 5 ans. L’ATM suivant est de meilleure volonté, et j’ai mes dollars. « Where are you going now ? » me demande-t-il ? « Road Bay », répondis-je. Légère inquiétude, il ne voit pas de quoi je parle ! Je lui explique, bateau, mouillage, … Là il voit bien où c’est. Comme quoi entre les appellations utilisées par les marins, et celles des terriens, il peut y avoir un gap. Et … il m’annonce qu’il m’y ramène !
Je refuse, c’est trop. Ils insistent, sur le ton de « fais pas de chichis ». J’accepte. Encore une fois, la gentillesse des gens des îles m’impressionne. Ils sont heureux qu’on vienne les visiter et veulent que tout se passe au mieux. La classe. D’une manière générale, il m’a souvent semblé que le fait de voyager sur un voilier suscitait la sympathie.

 

Une fois donné à l’administration Anguillaise une bonne partie des dollars ainsi obtenus, je rejoins Tristan-Gael et Liza sur Edelwenn. Notre projet est d’aller en bateau jusqu’à Little Bay, conseillée pour le snorkeling. Nous attrapons une bouée (gratuite, Alléluia !) au pied d’une très belle falaise où nichent de nombreux pélicans.
Nous rendons visite aux poissons, très divers, le long de la falaise. Les fonds sont de toute beauté.

 

Le lendemain, nous nous rendons jusqu’à Sandy Island (encore une), îlot minuscule protégé par un récif de corail. Il y a pas mal de vent ce jour-là, mais la prise de bouée se passe bien, l’équipage s’est vite familiarisé à cette manoeuvre ! Rejoindre Sandy Island en annexe est déjà plus stressant. Il faut contourner la barrière, dans une mer assez agitée. Heureusement, nous découvrons que la passe est balisée par de petites bouées. Ça rassure toujours.
Nous nageons de la plage jusqu’au récif dans lequel nous chassons les poissons … du regard.
Nous tombons sur le gréement d’un voilier qui a dû, assez récemment, faire naufrage ici. Mât, bôme, étai sur enrouleur, … Vision terrible, qui rappelle que les tempêtes tropicales et les cyclones sont implacables pour les bateaux qui n’ont pu se mettre à l’abri.
De retour près de la plage, les (grands) enfants font un peu les fous dans l’eau. Bonheur.

 

Le 24, nous consacrons la journée à la visite terrestre d’Anguilla, en taxi, le meilleur moyen de faire le tour de l’île. A The Valley, seule l’ancienne église, à la façade particulière, mérite un court arrêt.
Notre guide nous amène ensuite voir la « plus belle plage des Antilles », très belle effectivement, mais comme pratiquement toutes celles d’Anguilla, bordée d’hôtels à l’architecture plus orientale qu’Antillaise ! Le tourisme étant probablement la seule activité qui puisse apporter un développement économique à ces pays, comment leur en vouloir ? Mais, quel dommage …
Notre chauffeur nous explique que l’aéroport n’est utilisé que par les jets privés des propriétaires des somptueuses villas qu’on aperçoit du large. Le transport de ces « résidents » représente semble-t-il une part importante de son activité.
Plus au nord, nous jetons un œil à un petit port de pêche. Notre guide nous raconte le jour où son fils, pêcheur, a attrapé un poisson énorme. Comme son bateau était trop petit pour le ramener, il a dû demander de l’aide à un autre bateau, doté d’un moteur plus puissant. Ce bateau a pu du coup rentrer au port plus vite malgré la charge. Lorsque que le fils est arrivé à son tour, tout le village avait déjà admiré la prise, en l’absence de celui qui aurait dû être le héros … Le « Jeune Homme et la Mer », en quelque sorte.
Et voilà. Une île qui possède des atoûts touristiques extraordinaires et bénéficie de la proximité de St-Martin. Malheureusement, tourisme et sauvegarde des paysages ne font pas toujours bon ménage.

 

Le 25, nous quittons la belle Anguilla pour revenir à St-Martin. Nous longeons la côte nord, au moteur, puis nous approchons du très étroit passage entre la pointe nord-est d’Anguilla, Snake Point, et Scrub Island. Snake Point est percée d’une immense grotte. Si c’est là le repère d’un serpent, bonjour la taille du bestiau !!!
Non seulement la passe est étroite, mais mon sondeur a toujours affiché bien moins que les fonds portés sur la carte. Discret « ouf » une fois passé …
Nous envoyons les voiles, puis piquons quasiment plein sud, vers l’île Tintamarre, inhabitée et située au nord-est de Saint-Martin.
Nous nous y arrêtons juste 2 ou 3 heures, histoire de profiter de la très belle plage où nous sommes seuls. Très beau snorkeling le long de long la pointe nord !
Puis nous reprenons tranquillement la mer, afin de passer la nuit dans la baie de Grand-Case que nous avions beaucoup appréciée.

 

Le 26, nous restons à Grand-Case. Les enfants «farnientent », et moi j’en profite pour rattraper un peu de mon retard sur le blog. Toujours les mêmes qui bossent, quoi !
En fin de journée, nous admirons le nuage qui est en train de s’oublier sur Antigua. Nous avons bien fait de déménager hier !

 

Le 27, c’est le retour à Marigot.
Avant leur départ, les enfants m’aident à préparer le bateau pour la transat, avec entre autre, une minutieuse inspection du gréement …

Nous faisons également le tour de l’île en voiture. Beaucoup de béton, surtout dans la partie hollandaise (le sud de l’île), où le kitch et la laideur rivalisent désespérément !

 

Le lendemain, les enfants s’envolent pour la Bretagne. Toujours un moment dur de se retrouver solitaire à nouveau … Mais je l’ai bien voulu, je sais !

 

La météo semble favorable pour un rapide départ, ce sera donc le 31.
Cette transat-retour est bien plus anxiogène pour les navigateurs que celle d’est en ouest, par les alizés.
Il faut à la fois monter assez « nord » pour ne pas ne pas être trop longtemps englué dans les calmes fréquents sur la route directe, tout en se méfiant d’éventuelles dépressions qui pourraient aussi se balader entre les Bermudes et les Açores.
Les candidats à la transat-retour (il y en a qui renoncent et laissent leur bateau aux Antilles, et parfois le vendent) savent que certains de nos devanciers se sont fait surprendre, parfois avec des conséquences dramatiques.
Le mot d’ordre est donc : Vigilance !
Le bateau est en bonne santé. Le marin aussi. Alors, go !

 

À bientôt,

 

Thierry

Les BVI

Par

De St-Martin aux Îles Vierges il y a 85 milles, il n’est donc pas envisageable pour Edelwenn et moi d’effectuer ce trajet sur les « heures ouvrables ». Afin d’arriver de jour, je quitte la baie de Marigot en fin d’après-midi, le 6 mai. Tristan-Gael et Liza arrivant le 18 à St-Martin, mon tour des BVI sera nécessairement rapide.

 

Vent dans le dos, 10-12 noeuds fraîchissant 20-22. Mer désordonnée et quelques ferries à surveiller, je ne dors quasiment pas.

Mais je suis dans le bon tempo. Le soleil levant m’éclaire Virgin Gorda que je vais contourner par le nord. Je longe au passage Necker Island, propriété de Sir Richard Branson (le charismatique patron de Virgin). Il loue tout ou partie de son île à qui veut partager son amour du lieu, et peut débourser la modique somme de 45 000 € la nuit, minimum (selon internet).
Bref, moi, je longe, et je contourne …

 

Arrivé vers 9h à St-Thomas Bay, passage obligé pour effectuer ma clearance d’entrée. Je mouille mon ancre et file me coucher, il faut vraiment que je dorme.
4 heures plus tard, je me lève et je me bouscule, … puis je m’fais des nouilles, comm’ d’habituuuuudeeeeee.

 

Reposé, nourri, je file à terre faire les formalités les plus désagréables de tout mon voyage. Avec d’autres Français arrivés en même temps que moi, nous sommes sidérés par la procédure, véritable jeu de l’oie où nous sommes balladés de guichet en guichet : avancez d’une case, reculez de deux, etc … ! En outre, la très jeune et mal-aimable préposée à l’immigration ne fait aucun effort pour se faire comprendre, parle vite (en anglais bien sûr), et affiche son agacement quand on lui demande poliment de répéter. Une véritable tête à claques !
Depuis le Cap-Vert où j’avais étrenné ces formalités, j’ai parfois trouvé la procédure d’accueil un peu lourde, mais les personnes étaient toujours aimables voire cordiales, même à Antigua où il y avait un monde fou et où les ordinateurs, sensés faciliter les choses, buggaient toutes les 5 minutes.
Après ce mauvais moment, et comme il n’y a rien de particulier à voir dans les environs immédiats, je retourne à bord.

 

Le lendemain matin, je lève l’ancre assez tôt espérant trouver une bouée de libre (obligatoire) devant le site des Baths, situé à à peine plus d’1 mille 1/2 de St-Thomas Bay. J’ai eu le nez creux, 2 heures à peine après mon arrivée elles avaient toutes été prises d’assaut.
Les abords des Baths sont bien protégés : interdiction de mouiller sur ancre, interdiction de tirer une annexe sur la plage. Des petites bouées sont disposées à une trentaine de mètres de la plage. On y amarre son annexe, puis on termine à la nage. A 28°, ce n’est pas vraiment une contrainte !
Les Baths, c’est le Chaos d’Huelgoat, en version côte de granit rose, posé sur une plage de sable clair dans 80 cm d’eau.
Arrivé tôt, j’ai la chance de découvrir ce site étonnant avant le déferlement des groupes de touristes. Le parcours sous des rochers gigantesques est assez court, mais l’endroit est tout de même remarquable, presque féérique.

 

De retour à bord, je prends mon temps avant de repartir, pour Marina Cay, sur l’île de Tortola, où je passerai la nuit.

 

Le 9, je navigue jusqu’à Cane Garden Bay, toujours sur Tortola. La plage y est immense et très belle. A terre, rien de très attractif pourtant, aucune ambiance particulière. Je me rendrai compte finalement qu’il n’y a pas aux BVI d’ambiance « locale ». Sur les lieux « à visiter », on ne voit pas d’habitants, mais uniquement des commerçants, professionnels mais sans chaleur excessive.
Par ailleurs, je me rends compte que je ne m’émerveille plus autant devant les jolies plages bordées de cocotiers. Blasé ? Certainement pas ! Mais petit à petit la transat retour m’accapare déjà l’esprit. Le trac des “1ères fois” !

 

Le 10, je vise tout d’abord Sandy Spit, îlot attaché à l’île Jost van Dyke (du nom d’un pirate hollandais). Je pose ma pioche (mon ancre, dans le jargon des voileux) afin de profiter un peu du paysage malgré le ciel qui est à nouveau de moins en moins bleu. Mais il n’y a rien à faire, il y a toujours un cata ou une vedette pour se coller au plus près de la plage …
Je ne m’attarde pas et continue ma route en longeant Jost van Dyke. Les anses de cette île rivalisent de beauté mais les mouillages sont envahis. La location de voiliers semble encore plus florissante aux BVI qu’ailleurs aux Antilles. Sur l’eau, la grande majorité des bateaux sont loués, essentiellement par des Américains, et beaucoup avec skipper. J’y ai vu des catas de 60 pieds, monstrueux. Quelque soit la taille de ces appartements flottants, il y a souvent 6, 8, 10 personnes à bord. Je n’avais pas imaginé que les touristes américains étaient aussi bruyants. Criards même. Insupportables ! On sent qu’ils se « lâchent », et tant pis pour le voisinage …

 

Je poursuis vers Soper’s Hole, tout à l’est de Tortola et presqu’en face de St-John qui fait partie des « USVI », les United-States Virgin Island.
En passant entre Tortola et Great Thatch Island on entre dans un merveilleux terrain de jeu pour bateaux, avec Tortola au nord, St-John au sud-ouest, Norman Island, Peter Island, Salt Island, Cooper Island, Ginger Island (pour ne citer que les principales …) au sud, et Virgin Gorda au nord-est. Il faudrait des semaines pour en découvrir les nombreux et merveilleux recoins où il doit faire bon jeter son ancre, au calme, loin de l’armada des bateaux de location qui ne vont que là où il y a des bouées.
Soper’s Hole est bien entendu surpeuplée et je suis très heureux d’y trouver (moi aussi) une bouée de disponible. Le cadre est vraiment magnifique, mais là aussi, rien d’authentique. 100% des installations ont pour objectif de vider le portefeuille des visiteurs. Et cela semble très, très efficace !
Je vais tout de même faire un tour à terre, attiré peut-être par un breuvage assez célèbre par ici, le « painkiller » …

 

Mettre le moteur sur l’annexe, c’est un sport auquel je commence à être bien habitué. Le ponton à annexes est bondé. Que de grosses annexes à fond rigides … on ne joue pas tous dans la même cour, mais je me trouve une petite place. Et rien ne m’intrigue (vous comprendrez plus tard …).
Concernant le Painkiller, voilà ce que j’ai lu sur le sujet : « Mis au point au “Soggy Dollar Bar” de l’hôtel “Sandcastle” en 1974 dans l’île “Jost Van Dyke”. Ce cocktail au rhum corsé est devenu une référence pour s’imprégner des Caraïbes ».
Un « tue-douleur », inventé au « dollar mouillé », le bar de l’hôtel du « château de sable » … comment résister ?

Et … c’est vraiment, vraiment très bon ! Une tuerie, en fait !

 

Afin de ne pas exagérément céder à « l’imprégnation » caribéenne, je fuis assez vite et retourne au ponton à annexes. Ce ponton ressemblait pourtant bien à un ponton flottant, mais non, il est sur pilotis.
Aux Antilles on oublie complètement l’existence des marées, le marnage n’étant que de 30 cm. Et pourtant … 30 cm, c’étaient largement suffisant pour que ma petite annexe, poussée par les plus grosses, américaines donc sans gêne, se glisse entièrement sous le ponton (en bois, très joli et tout) … avant que la marée remonte.
Pas de dégâts, mais elle est coincée sous le ponton. Évidemment, comme pour le camion trop haut qui doit passer sous un pont, je pourrais dégonfler les pneus, mais comment aller ensuite chercher le gonfleur sur le bateau ?
En appuyant fort sur l’avant j’arrive un peu à la pousser, mais dès que mon point d’appui est sous le ponton, je suis de la revue. Appuyer sur l’arrière n’améliore pas la situation. Argh.
Je suis malgré tout surtout amusé par la situation. Un vrai gag. Ceux qui pensent que le painkiller y a sans doute été pour beaucoup font offense à mon (presque toujours) excellent caractère et ma patience légendaire ! …
Et c’est là qu’arrivent 3 solides gaillards, Américains. L’un d’entre eux doit très largement dépasser le quintal. C’est exactement ce qu’il me faut. On tente tout d’abord la méthode « classique », en appuyant sur l’annexe. Je finis même par pouvoir monter dedans, mais du coup, en abaissant l’arrière, la pression est encore plus forte à l’avant … Le plus simplement possible je suggère au digne représentant de la culture culinaire américaine (Machin-Cola et Big-Chose) que s’il descend dans l’annexe, il se produira probablement quelque chose de positif … Il comprend. J’ai un peu peur pour le fond, mais soudainement enfoncée de 10 cm, l’annexe se décoince toute seule sans même frotter le bord du ponton !
Ils sont terribles ces Américains. Ils nous agacent, nous choquent, y en a même un qui m’a refusé la priorité (j’étais tribord-amure moi Monsieur !), puis ils débarquent et nous sauvent …

 

Le lendemain je file vers « The Bight », un mouillage sur Norman Island, île à laquelle sont attachées 2 légendes. C’est là, dans une grotte, qu’un Français aurait trouvé, au début du 20ème siècle, un trésor … C’est peut-être aussi cette île qui aurait inspiré Stevenson lorsqu’il écrivit l’Île au Trésor …
Naviguer dans cette mer fermée me rappelle notre Rade de Brest, … qui commence d’ailleurs à me manquer.
Je passe tout près de Pelican Island et des rochers The Indians, fameux site de plongée.
The Bight est inévitablement très fréquentée, mais ce mouillage est trés vaste et j’ai le choix de la bouée.

 

Le 12, de bonne heure c’est en annexe que je contourne Treasure Point. Les Américains font le cirque jusque tard dans la nuit mais, conséquemment, on ne les voit pas beaucoup le matin. C’est à ce moment qu’ils sont fréquentables. Comme toujours, les catas sont mouillés au ras de la falaise, s’accaparant le paysage. Comme aux Baths une ligne permet d’amarrer les annexes, et c’est à la nage qu’il faut s’approcher des grottes. L’une d’entre elle est vraiment profonde, et je ne m’arrête qu’une fois dans l’obscurité totale. Un peu perturbant d’être tout seul là-dedans !

 

Bon, finalement, je n’ai pas trouvé de trésor et je quitte The Bight pour rejoindre Peter Island. Cette fois, pas de bouées (à 30$ minimum la nuit …), et le droit de jeter l’ancre, gratuitement. Non seulement il n’y a pas de bateaux de location en vue, mais nous ne sommes que 4 à Deadman Bay … et, ça ne s’invente pas, 4 bateaux français ! Je retrouve d’ailleurs, sur leur impressionnant catamaran de 50 pieds, un couple que j’avais déjà rencontré … à Madère ! La mer est immense, mais le monde est petit. Allez comprendre !

 

Deadman Bay, sinistre nom pour un lieu idyllique. Un pirate aurait débarqué des mutins sur un rocher situé non loin de là, Dead Chest Island (pas terrible non plus, ce nom). Plusieurs d’entre eux auraient alors tenté de rejoindre Peter Island à la nage. Aucun n’aurait survécu …

 

Peter Island n’est pas à proprement parlé habitée, mais quelques complexes hôteliers s’y sont installés, plutôt bien intégrés dans le paysage pour ce que j’en ai vu. L’un d’entre eux, situé au-dessus de Deadman Bay, dispose même d’une marina de l’autre côté d’une presqu’île, donc invisible sauf à y aller. Elle ne semblait pas manquer de personnel, mais de clients !
Une partie de la plage qui borde Deadman Bay est privatisée par cet hôtel, mais on n’y voit pas grand monde à part les employés qui l’entretiennent (elle est entièrement ratissée chaque jour …, à plus de 1000$ la nuit, on a des exigences !). Les plaisanciers peuvent profiter de l’autre moitié de la plage, ainsi que du restaurant où, étonnamment, on peut manger pour 25 $, ce qui aux BVI est très “raisonnable”.
Je décide de rester 2 jours dans ce paradis où je ne peux que me réconcilier définitivement avec les plages “délicieusement bordées de cocotiers” !

 

Le 14, je reprends la mer dans l’après-midi pour Saint-Martin où Tristan-Gael et Liza ne vont pas tarder à arriver.
Cette fois-ci, j’ai le vent dans le nez. La mer est toujours désagréable, mais l’alizé est bien mou et il me faudra 30 heures pour rejoindre la baie de Marigot. C’est finalement de nuit que j’y arriverai le lendemain. Mais je connais un peu le coin maintenant. Et la baie, bien que très peu profonde, ne cache pas de pièges, même pour le tirant-d’eau d’Edelwenn.

 

Avec mes 2 matelots, je pense aller à Anguilla et peut-être également à Saint-Barthélémy.

 

A bientôt,

 

Thierry

Nevis – Saint-Kitts – Statia

Par

Le 28 avril je quitte Antigua, de bonne heure car j’ai près de 60 milles à parcourir.

Toujours aussi conciliant, l’alizé, réglé à 15 noeuds, me pousse vent-arrière.

A environ mi-parcours, j’aperçois au sud l’île Redonda, un caillou qui ne mesure qu’1 km 1/2 de long pour 600 mètres de large, mais culmine tout de même à près de 300 mètres, et dont l’histoire n’est pas banale.
Inhabitée car quasi-inaccessible à l’homme, l’île est le refuge des oiseaux marins. Au fil des siècles, d’énormes quantités de déjections, riches en phosphates et en azote, s’y sont évidemment accumulées. Malgré les difficiles conditions d’accès, vers 1860, les paysans de l’île de Montserrat décidèrent d’exploiter ce guano et de produire du phosphate (apparemment beaucoup).
En 1865, l’île est achetée par un notable de Montserrat. Mais, en 1872, par « précaution », les Britanniques l’annexèrent, les Américains montrant un peu trop d’intérêt pour Redonda et sa ressource particulière …
Le propriétaire de Redonda demanda alors le titre de roi pour son fils, requête qui fût acceptée en 1880 ! Matthew Phipps Shiell, devint ainsi le Roi Felipe I du royaume de Redonda …
L’exploitation du phosphate prit fin avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale  et l’île redevint déserte. Mais le titre royal perdure, ainsi que les disputes entre divers prétendants au … trône !!!

 

Ma navigation se poursuit le long des côtes sud puis sud-ouest de Nevis, plutôt inhospitalières, puis remonte vers le nord pour m’amener devant Charlestown.

 

Il est obligatoire d’utiliser les bouées qui sont mises à la disposition des voiliers de passage, donc je me colle à cette manoeuvre, toujours un peu scabreuse et traditionnellement source d’engueulades sur tous les voiliers du monde … sauf Edelwenn bien sûr …
Autant il est simple, en solitaire, de mouiller et de relever l’ancre, grâce au guindeau (moteur qui descend et remonte l’ancre et la chaîne de mouillage), autant la prise de bouée demande de la précision, de l’adresse, et parfois … un peu de chance.
Depuis ½ heure, le vent est monté à 20-25 noeuds (évidemment), mais comme il me semble que ma technique est au point, c’est en toute confiance que je me lance …
Malheureusement, les bouées de Nevis ont un anneau encastré dans le haut de la bouée, ce qui ne me permet pas d’utiliser le crochet « automatique » que j’utilise habituellement. Aïe. Il ne me reste plus qu’à tenter de prendre la bouée de façon « traditionnelle », avec une gaffe, ce qui suppose de positionner le bateau près de la bouée convoitée, de courir à l’avant, d’attraper la bouée, puis de réussir à la hisser suffisamment haut pour passer une amarre dans ce foutu anneau.
En l’occurrence, c’est la dernière étape qui a foiré : plutôt que de rester face au vent, Edelwenn, espiègle, se met en travers, position où il donne le plus de prise au vent. Là, j’ai résisté … le temps de choisir entre lâcher la gaffe ou lâcher le bateau.
J’ai donc lâché … la gaffe, qui est restée accrochée à la bouée. Situation ridicule qui aurait valu la photo ! Mais du coup, prendre la bouée au lasso (si, si, ça se fait) devenait difficile.
Bien sûr, j’aurais pu essayer d’attraper une autre bouée, mais la plus proche disponible était assez éloignée, et d’autres bateaux arrivant, j’ai préféré ne pas m’éloigner de mon unique et précieuse gaffe !
J’ai mouillé l’ancre à proximité, glonflé puis mis l’annexe à l’eau, installé le moteur HB. Ensuite, en annexe, j’ai été passer une longue aussière dans le fameux anneau, puis suis remonté sur Edelwenn. J’ai relevé l’ancre puis finalisé l’amarrage sur la bouée.
Au total, plus d’une heure de boulot pour prendre une bouée … la croisière s’amuse comme elle peut !

 

Je suis donc enfin amarré devant l’île appelée « Nevis ». Pourtant, en 1498, Christophe Colomb avait donné à cette île le nom de « San Martin ». Mais suite à des erreurs de cartographie, ce nom a été attribué à une autre île, l’actuelle île de Saint-Martin !
Les Espagnols lui attribuèrent alors un nom étonnant, Nuestra Señora de las Nieves, Notre-Dame-des-Neiges … aux Antilles !!! On peut toujours se dire que les nuages qui souvent couronnent le Nevis Peak, sommet de l’île, pourraient parfois rappeler de lointaines montagnes enneigées … ou que ce qu’ils fumaient devait être sympa !
Plus tard, les britanniques l’ont momentanément appelé « Dulcina » (la Douce), mais le nom espagnol s’est finalement imposé en version abrégée et anglicisée : Nevis.

 

A Nevis, donc, pas grand-chose à voir ni à faire, sauf probablement de jolies randonnées, mais faute de temps je ne sors pas de Charlestown, dont le calme incite essentiellement à la sieste.
2 célébrités ont laissé leurs traces à Nevis, Alexander Hamilton, l’un des Pères de la Constitution des Etats-Unis, qui y est né en 1757, et l’Amiral Nelson qui s’y maria en 1787 et y vécut brièvement.
Sur toutes les îles des Antilles, les lézards font partout partie du décor. Mais ceux d’ici sont d’un format inhabituel (pour moi), et le 1er qui m’est passé entre les pieds m’a quand même « un peu » surpris ! Celui que j’ai photographié devait bien faire dans les 40 à 50 cm.

 

Le lendemain, 29 avril, je rallie l’île voisine (10 milles), Saint-Kitts, ou autrement-dit, Saint-Christophe. L’inévitable Christophe Colomb donna son prénom à cette île, qui accueillit plus tard les tout premiers colons anglais, puis français. Et c’est de St-Kitts que partirent ensuite les européens à la conquête des Petites Antilles.

 

St-Kitts et Nevis forment un pays, indépendant depuis 1983, mais en 1998, un référendum lancé à Nevis en vue de sa séparation d’avec St-Kitts manqua de peu d’atteindre la majorité des 2/3 requise. Ambiance !

 

Comme je le craignais, la petite marina est remplie comme un œuf. Le seul endroit où l’on peut poser son ancre se trouve à l’est, près du port de commerce, à plus d’1 mille. Grande ouverte au sud, la baie de Basseterre est « bercée » par une bonne houle. En outre, la seule possibilité de débarquement est … la marina ! Conclusion : Mouillage rouleur, trajets en annexe mouvementés, et très humides.

 

Très différente de Charlestown, Basseterre, la Capitale de St-Kitts, est une ville assez surprenante de par son architecture, mais aussi pour l’immense esplanade située sur le front de mer, où les magasins ne sont ouverts que si un paquebot de croisière doit faire escale. Tourisme de masse pour américains, fondé sur la détaxe de produits de luxe qui n’ont rien à voir avec une quelconque culture locale.
En dehors de cette zone particulière, beaucoup de commerces sont tenus par des asiatiques, et ceux-là sont ouverts tous les jours, de tôt le matin à tard le soir !

 

J’ai pour objectif de visiter la forteresse de Brimstone Hill.
Je prends un bus local qui me dépose au pied de la colline où je suis accueilli, coup de chance, par un groupe de singes verts, une des curiosités de l’île importée » d’Afrique par les Français au XVIIème siècle.
3 ou 4 kilomètres de grimpette pour atteindre l’entrée du Fort, 4 ou 5 personnes à l’accueil, 5 ou 6 visiteurs maxi pendant tout le temps que j’y ai passé … on ne se bousculait pas !
Conçue par les Britanniques, la forteresse a été construite par les esclaves aux XVIIème et XVIIIème siècles. Elle est enregistrée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 1999.
Début 1782, les Français voulurent reprendre St-Kitts aux Anglais, ce qui donna lieu à une bataille navale, suivie du siège de Brimstone Hill qui se solda par la rédition des troupes britanniques. Tiens, une victoire …

 

Les principaux bâtiments ont été parfaitement restaurés, et l’ensemble du site est manifestement entretenu avec le plus grand soin. On ne peut qu’être impressionné par l’ingéniosité mise en œuvre et l’énergie déployée afin de construire une telle structure. Quelle tristesse que cette intelligence et ce savoir-faire n’aient pas été mis au service de projets plus humanistes … (Rassurez-vous, Je clos là le chapitre philosophique de cet article …)

 

Le 2 mai, je rallie Statia (en anglais), … ou Saint-Eustache (en français), … ou Sint-Eustatius (en néerlandais), ou … non, c’est tout. Territoire hollandais dont la plupart des habitants sont anglophones.
J’apprécie de trouver devant Oranjestad un mouillage bien abrité, proche d’un quai de débarquement !
Le style des maisons, du joli Fort Oranje, très différent de ce que j’ai pu voir aux Antilles jusque là, saute aux yeux.
L’accueil est chaleureux, tant lors des formalités administratives (j’ai pourtant eu droit à un contrôle de la Police Maritime à bord, mais rapide et fort courtois) qu’à l’occasion de quelques contacts avec des personnes du crû.. Statia semble bien être une de ces îles où il fait particulièrement bon vivre.
Et pourtant … le plus court chemin du port au village emprunte une très ancienne rue dont le sinistre nom, Old Slave Road, rappelle qu’ici aussi beaucoup d’hommes, de femmes, d’enfants, après avoir été déportés, ont vécu l’esclavage.

 

Aparté concernant les contrôles sur les bateaux de plaisance : Il faudrait faire une pétition pour que les douanes et polices maritimes du monde entier portent des chaussures à semelles blanches !!!

 

Avant d’être définitivement hollandaise Statia changea 22 fois de puissance gouvernante. Outre la culture de la canne à sucre, si florissante que l’île fut surnommée le « Rocher d’Or », Statia développa le très rentable commerce des armes entre l’Europe et les futurs Etats-Unis d’Amérique, ce qui évidemment agaça prodigieusement les Anglais. Un évènement particulier finit d’ailleurs par faire perdre leur flegme (pourtant réputé solide) à ces derniers :
Le 16 novembre 1776, soit 4 mois seulement après la Déclaration d’Indépendance, le navire américain Andrew Doria croisa devant Statia et salua l’île de son tout jeune pavillon. Le gouverneur d’Oranjestad, probablement plus à l’aise dans les affaires commerciales que dans les méandres de la diplomatie, répondit au salut, faisant de son île la 1ère nation à reconnaître et à saluer le drapeau américain !
Flegmatique peut-être, mais rancunier certainement, l’Amiral Rodney vengea « l’affront » en pillant complètement l’île, en 1781.
10 mois plus tard, les Français reprirent Statia et en rendirent la souveraineté à leurs alliés Hollandais. Ah mais !

 

Statia est dominée par un volcan, The Quill, haut de 600 mètres. Mon objectif est d’en faire l’ascension (le chemin de randonnée semble tout à fait accessible), mais la lecture du guide des randonnées locales, vendu à prix d’or par le bureau du « St Eustatius National Park », a franchement refroidi mon enthousiasme : The Quill héberge une espèce endémique de serpents, le « Red-bellied Racer snake », qui vit là « en abondance ». Très peu venimeux, ni belliqueux paraît-il, l’immonde animal mesure tout de même entre 1 mètre et 1,5 mètre.
Argh … je n’ai vraiment pas beaucoup d’affinité avec ce genre de bestiole, même si son nom pourrait être celui d’une équipe de NBA ! J’apprends également que l’endroit est peuplé de … tarentules, mais que celles-ci ne sortent que la nuit. Absolument charmant …

 

Par pur orgueil, mais pas fier du tout, je me lance tout de même.
Le chemin s’enfonce progressivement dans la forêt qui recouvre les flancs du volcan. Outre les différents chants d’oiseau, je perçois des bruits, des mouvements de plus en plus nombreux, mais j’ai beau tourner la tête, m’arrêter, guetter, je ne vois rien. Bien sûr, j’attribue ces bruits à mes ennemis jurés de la journée … Tout en espérant ne croiser personne, j’opte pour une stratégie préventive : je tape régulièrement des pieds, chante à tue-tête, ou parle à haute voix. Hm, la frousse fait décidément perdre toute dignité !
Malgré tout ce tapage, les bruits continuent … Je perçois de plus en plus de mouvements tout autour de moi, jusqu’à voir dévaler vers moi un … bernard-l’hermite !
Plus j’avance et plus il y en a, les plus gros ont à peu près la taille d’une boule de billard.
Cet animal semble avoir une vie absolument passionnante : il se déplace lentement, et au moindre bruit (ou plutôt, probablement, à la moindre vibration) il se recroqueville dans sa coquille. Comme celle-ci est bien ronde, et comme il a élu domicile sur un volcan (c’est ballot, non ?), il dévale inéluctablement la pente, parfois pendant un bon bout de temps. Une fois rassuré, il reprend son ascension … jusqu’à la prochaine inquiétude.
Mais la bête est opiniâtre et il s’en trouve tout en haut du cratère !
Après cette courte distraction, je reviens vite à ma principale préoccupation : Le Red-bellied Racer snake. Où se cache-t-il ? D’où me guette-t-il, le sournois ?
Mais bon, la nature est belle, le temps est beau, la température est très agréable en cette matinée, les petits oiseaux chantent … bref, je me laisse endormir.
Le chemin se fait parfois caillouteux, et le randonneur se méfie d’un autre ennemi : l’entorse de la cheville (ça donnerait quoi en anglais ? Ankle sprain … ça ne le fera pas pour la NBA, tant pis). Le chemin passe au milieu de blocs rocheux, et c’est à peine à 1 mètre de moi, à hauteur d’hanche, si près que j’aurais pu le toucher, que l’immonde animal me surprend … dans sa fuite ! Même pas vu sa tête.
Je ne retranscrirai pas la très libératrice bordée de jurons dont l’écho doit encore raisonner dans les sous-bois du volcan The Quill …

 

Bon, finalement, sur l’aller-retour c’est le seul individu rampant que j’aurai aperçu. Sans doute grâce à ma tapageuse stratégie : chant et tapements de pied ! Clin d’oeil à mes amis chanteurs de Voix Humaines et de Finis Terrae, ce matin-là, j’étais très en voix ! Comme quoi, la motivation fait beaucoup …

 

Le 4 mai, je quitte Statia pour rejoindre la Baie de Marigot, à Saint-Martin.
42 nautiques, 15 à 18 noeuds de vent, au portant bien sûr,  … je ne veux plus naviguer que dans ces conditions !

 

Mon escale à Saint-Martin ne sera que « technique » (réapprovisionnement en nourriture, eau , et gazole), et dès le 6, dans l’après-midi, je repars, cette fois pour les « BVI » (British Virgin Islands), les Îles Vierges Britanniques.

 

La suite très vite j’espère.

 

A bientôt,

 

Thierry

 

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